Faut rigoler, avant que le ciel…

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Patron d’Opus One et coproducteur du Fric, Vincent Sager le dit lui-même, des étoiles plein les yeux: même les professionnels français salivent devant le succès maous des «deux Vincent» et de leur nouveau spectacle, déjà vendu à plus de 45'000 billets. Faire la nique à nos voisins en matière d’humour: c’est toujours ça de pris, alors que la Suisse romande a longtemps souffert d’un injuste complexe d’infériorité face aux rigolos de Paris, Bernard Haller et Zouc valant bien une paire de Bézu et trois caisses de Lagaf’.


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Le Fric, donc, est largement sold out avant même sa première, mardi soir à Pully. Locomotive d’une scène romande en pleine forme, le phénomène reflète l’appétence généralisée pour une roborative gaudriole, à l’heure où même les dirigeants des grandes puissances ne manquent pas une occasion pour blaguer sur la taille de leurs «gros boutons» nucléaires. Faut rigoler, disait l’autre! Mais jamais les rires et les lazzis n’ont submergé à ce point l’espace public. À la télé, seule la messe n’a pas son comique officiel. Sur France Inter, on relève dans sa matinale plus de pastilles d’humeur que de réflexions «politiques». Frondeurs ou cyniques, l’art du regard en coin et l’exercice du pas de côté sont devenus la norme. Les intellectuels autoproclamés ne font plus recette, ou alors comme cibles de méritoires tartes à la crème (BHL) ou de remix rigolards de leurs éructations courroucées (Finkielkraut).

«Jamais les rires et les lazzis n’ont submergé à ce point l’espace public»

La portée revendicatrice du rock est sous vitre, au musée. Les slogans révolutionnaires latinos servent à baptiser les cocktails. Les partis traditionnels se vident comme de vieux coussins même pas péteurs.

Depuis Coluche, le rigolo est devenu l’indispensable élément critique qui chatouille les riches et nourrit les pauvres. Et l’humour de porter presque seul cette charge de soupape, voire de garde-fou qui faisait dire (modestement) à Stéphane Guillon qu’il était la première force d’opposition à Sarkozy en France. Pour ce qu’on a vu du Fric, les deux Vincent devraient mettre en lumière les structures qui nous conditionnent et moquer «l’horreur économique». Après les drapeaux rouges, les nez de la même couleur sont le ralliement des masses rieuses, bien assises sur des sièges numérotés. (24 heures)

Créé: 06.02.2018, 00h10

François Barras, rubrique Culture (Image: Vanessa Cardoso)

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