Un faux musée face à la réelle ignorance

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Pour celle qui se méfie des opérations de communication bien davantage que de la peste, la conférence de presse de la Ville de Lausanne d’hier n’avait a priori rien d’alléchant. Pourtant, cette fois-ci, Lausanne tape fort et juste. Sensibiliser au problème du harcèlement de rue en faisant de l’humour avait tout de la gageure. C’était sans compter sur le talent de Yann Marguet. Et sur son idée de génie: créer le musée du harcèlement de rue. Reléguer le phénomène au passé, le mettre à distance et pouvoir ainsi, enfin, en parler intelligemment et sereinement.


A lire: Lausanne veut ranger le harcèlement au musée


Dans le vaste débat autour de ce fléau, tout a été dit. Mais rarement de la bonne façon. Les victimes, trop souvent emmurées – souvent malgré elles – dans le vécu, dans l’émotion, peinent à rendre leur message audible. Les arguments fusent, crispent et finissent par s’annuler dans un brouhaha stérile aux relents de guerre des sexes.

«Dans le vaste débat sur le harcèlement, tout a été dit. Mais rarement de la bonne façon»

On l’a vu dans ses conversations de bistrot. On l’a vu lorsque la question a déboulé dans la politique lausannoise par la voix de la députée Verte Léonore Porchet.

Mettre le harcèlement au musée, c’est lui donner sa dimension sociétale. Et permettre à chacun, lors de sa visite, d’entendre ce que ses différentes dimensions font résonner en lui. Sans qu’il doive s’en expliquer. Avec son musée, Yann Marguet nous rend tous, au minimum, témoins et complices. Sans violence, sans stigmatisation de certaines populations. Il a vu juste, parce que le harcèlement n’est pas l’affaire des jeunes, des hommes, des étrangers. Il n’est pas non plus l’affaire des femmes, des paranoïaques, des victimes. Le harcèlement pourrit ce que nous sommes tous forcés de partager: l’espace public. Il est donc l’affaire de tous.

Bien sûr, cette vidéo de deux minutes d’un musée imaginaire ne va pas déclencher de révolution. Mais elle donne un ton inédit. Elle montre que les autorités lausannoises ont compris à quoi elles s’attaquent. Elles qui avaient refusé de publier un clip qui faisait passer des victimes pour responsables. La lutte contre le harcèlement ne fait en réalité que de commencer.

Créé: 30.04.2018, 19h54

Cindy Mendicino, politique lausannoise

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