Halte au business juteux des signatures

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Souvenez-vous d’Armin Capaul, coiffé de son bonnet de laine. En 2018, ce sympathique paysan bernois avait réussi à faire de son combat en faveur des vaches à cornes un thème national et à l’inscrire au menu des votations fédérales. L’exploit était de taille: réunir plus de 100'000 signatures dans toute la Suisse sans le moindre soutien politique. L’homme n’avait pu compter que sur sa famille, quelques amis et un site internet rudimentaire. Quoi de plus noble, au pays de la démocratie directe, que l’initiative populaire?


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C’est cette image d’Épinal que s’efforce de défendre le monde politique. Des élus de tous bords veulent interdire la rémunération de la collecte des paraphes. Leur agacement est légitime, si l’on songe aux dérapages qui ont marqué les référendums lancés contre la norme pénale antihomophobie et le congé paternité. Dans les deux cas, des citoyens furieux racontent avoir signé un texte contraire à leurs convictions, trompés par les explications ambiguës des récolteurs.

Les entreprises qui paient ces faux militants 1 ou 2 francs par signature sont forcément tentées de forcer le trait, voire de les pousser à mentir, pour parvenir à leurs fins. Il est donc juste et impératif de serrer la vis. Cependant, une interdiction pure et simple de cette pratique se révèle plus délicate qu’il n’y paraît. Car l’idéal démocratique se heurte souvent à un obstacle rédhibitoire: le manque de bénévoles prêts à aller battre le pavé en quête des précieux paraphes.

«Réservons le rôle d’intermédiaire aux seules associations à but non lucratif»

Parmi la vingtaine d’initiatives en suspens à Berne, plusieurs n’auraient pas pu aboutir si leurs auteurs n’avaient pas eu recours à un tel service payant. Des propositions dignes d’intérêt — comme celle visant à faire de nous tous des donneurs d’organes présumés — seraient ainsi restées lettre morte. Peut-être même que certains partis désormais engagés contre la rémunération des signatures y ont secrètement fait appel par le passé…

Le défi posé aujourd’hui consiste à casser ce business gênant sans pour autant couper les ailes aux porteurs d’idées dépourvus de forces vives. Suggérons un compromis: réserver le rôle d’intermédiaire aux seules associations à but non lucratif.

Créé: 16.02.2020, 22h49

Patrick Monay, chef de la rubrique Suisse.

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