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Hier, c’est déjà l’Antiquité

Le monde d’avant ne date que du mois dernier et il paraît pourtant très loin. La routine de nos journées d’alors recule peu à peu dans nos mémoires, comme un vieux film que l’on aimerait revoir un jour. Les semaines avaient leurs moments riants, leurs week-ends peuplés. Mais je n’oublie pas les rendez-vous où l’on était rendu à soi-même. Les petits matins sérieux et pressés. Combien de fois ai-je fermé les yeux dans le train de 7h46 pour traverser au mieux l’instant présent?

Un vendredi 13, tout cela a changé. Fermeture des écoles, puis interdiction des réunions ont imposé le règne des distances et autres gestes barrière. En corollaire, le télétravail. Au diable les transports publics, au diable l’attente du train en retard, au diable la procession laborieuse dans les passages sous-voie! On allait enfin pouvoir profiter d’une certaine immobilité, observer avec méthode et jubilation notre univers devenu silencieux.

Pourtant rien ne s’est pas passé comme ça. Dès les premières heures, une tempête de questions et d’inquiétudes s’est abattue sur moi. Réglages informatiques, innombrables contacts à orchestrer, temps de lectures à caser, tâches domestiques à ne pas délaisser. Plus question de fermer les yeux dans une forme d’auto-indulgence.

L’après-midi de ce lundi 16, des restrictions plus dures ont été annoncées: fermeture des bistrots, des commerces non nécessaires. Affolement, scénarios du pire. Jour après jour, les nouvelles se sont enchaînées, semant l’effroi ou l’extase. Les mails déferlent, des lecteurs se disent déjà aux abois. Mais c’est aussi l’éveil de magnifiques solidarités.

«Comment nous souviendrons-nous de cet incroyable moment?»

Dans ce tumulte, le temps s’est contracté. «Tout change chaque jour», a dit la semaine dernière un médecin sur une chaîne française. La conseillère d’État Nuria Gorrite a témoigné qu’elle avait plus appris ces deux dernières semaines qu’en deux ans. J’ai l’impression que le «marathon» d’Alain Berset se court au rythme du sprint.

Quand je pense à hier, je pense à l’Antiquité. Quand je pense à l’avenir, rien ne se dessine. Nous allons au devant de l’inconnu. En temps normal, c’est ce que nous faisons seconde après seconde, par définition; mais là nous en prenons conscience...

Ces dernières heures ont donné des signes d’espoir. La courbe épidémique ralentit un peu. De ma fenêtre je vois l’école. Bientôt, les gamins joyeux y accourront de nouveau. Une question me revient toujours à l’esprit: comment nous souviendrons-nous de cet incroyable moment?

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