J’accuse, j’accuse pas, j’accuse mal

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Ave Caesar, celle qui va sortir te salue. Ou pas. Donc c’est désormais comme ça. «On se lève et on se casse. C’est terminé. On se lève. On se casse. On gueule. On vous emmerde», a résumé Virginie Despentes dans «Libération» par solidarité avec Adèle Haenel qui a quitté un vendredi soir la salle Pleyel pour manifester son désaccord avec la récompense de meilleur réalisateur attribuée «par contumace» à Roman Polanski.

On a tout vu en direct sur Canal+. Le même Canal+ dont la romancière a touché de son propre aveu une «douche de thunes» quand elle lui a vendu ses droits de son «Vernon Subutex». Le même Canal+ qui a financé «J’accuse» en vue de le diffuser. Pourtant, les accusations de viol à l’encontre de Roman Polanski ne datent pas tout à fait d’hier, non? Il faut croire que ce sont les charmes hypocrites du French showbiz paradoxe.

Et puis l’esclandre est une arme bien plus dans la spectacularité de l’air du temps que le boycott d’une cérémonie dont on savait pourtant d’avance –puisque «J’accuse» avait été nominé pas moins de douze fois– que le film du réalisateur franco-polonais ressortirait avec a minima une statuette compressée. Depuis notre fauteuil, on a même pu liker le post relayant le message de l’écrivaine. L’indignation via son pouce sur son portable est terriblement tendance et ne mange pas trop de pain.

Le même Canal+, toujours lui, diffuse d’ailleurs actuellement «The Loudest Voice». Ou les droits de cuissage intellectuel –le national patriotisme américain à tous crins vaut bien quelques fake news, y compris pour une chaîne d’info– et physiques du fondateur de Fox News, Roger Ailes, interprété par un Russell Crowe excellent à vomir. Dans cette fiction «basée sur des faits réels» comme dans la vraie vie, il n’y a pas d’autre choix décent que de dénoncer l’ignoble des abus de pouvoir masculins quels qu’ils soient venant d’une société encore très et trop patriarcale. Reste à savoir comment.

Si l’on ramène le débat sur le Léman, on a désormais le choix des symboles et des actes. Il y a la méthode Sandrine Salerno. Qui confectionne des panneaux de signalisation à la limite du ridicule au nom de l’égalité sans se soucier d’ailleurs de savoir auparavant si c’est légal. La désobéissance politique et exécutive, en quelque sorte. Et puis on débaptise des rues aux accents masculins –sans se demander si ces grands hommes en étaient ou pas– pour y mettre des féminins. Et on clive.

De ce côté-ci de la Versoix, il y a le dispositif Florence Germond. La municipale renonce, au nom du 14 juin, à la place Saint-Laurent –patron des rôtisseurs (qu’ont fait les animalistes jusqu’à aujourd’hui?)– tout en sachant qu’il subsiste une rue du même nom. Tout ça sans détruire un patrimoine étymologique et en réservant au sexe historiquement spolié les appellations des futures voies et lieux publics. Les yeux tournés vers demain plutôt qu’hier.

Créé: 06.03.2020, 21h46

Claude Ansermoz, rédacteur en chef

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