Lutter contre l’argent sale, sans relâche

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Cette fois, le doute n’est plus permis. Malgré un resserrement des lois et réglementations, malgré les accords internationaux, les pressions, les déclarations sur la bonne gouvernance et la transparence, l’argent mal acquis continue de bénéficier, ici et maintenant, de relais complaisants pour fructifier.

Dès aujourd’hui, et tout au long de cette semaine, grâce au travail de plusieurs centaines de journalistes du monde entier, dont la coordination en Suisse est assurée par nos collègues de la cellule enquête du Matin Dimanche et de la SonntagsZeitung, nous vous exposerons l’étendue de cette nouvelle affaire, issue des Panama Papers – des millions de documents secrets tirés d’une société de domiciliation offshore.

Sans qu’elle soit la seule, la place financière suisse se retrouve néanmoins une nouvelle fois au centre d’activités sinon criminelles, du moins discutables. On croyait les écuries d’Augias nettoyées, on en découvre de nouveaux recoins, parfois surprenants.

Ces révélations en masse forment le miroir de la globalisation financière. A l’accélération des transactions, noyées dans des systèmes de plus en plus complexes, répondent des fuites qui s’appuient sur la numérisation des données, et qui cassent l’opacité voulue par les puissants. Dans la brèche ouverte par les WikiLeaks s’engouffrent désormais d’autres lanceurs d’alerte, et si les intentions de certains ne sont pas toujours pures, les faits, dûment examinés et vérifiés, sont implacables.

Que des chefs d’Etat autoritaires ou des potentats spolient leur propre peuple pour asseoir leur pouvoir et assouvir leur goût de luxe n’a rien de surprenant; que des politiciens démocratiquement élus, ou des officiels de grandes fédérations internationales, prônent la vertu tout en cachant une partie inavouable de leur fortune est aussi désolant que commun – les exemples abondent. Que des trafiquants en tous genres usent des ficelles les plus fines pour blanchir l’argent de leurs crimes n’est pas plus étonnant. Cela ressemble au gendarme et aux voleurs, et ceux-ci paraissent toujours avoir un coup d’avance.

Mais que tout ce petit monde puisse encore utiliser la Suisse pour prospérer, voilà qui fait tache. Obnubilée par l’abandon de son secret bancaire et ses démêlés contraints avec la justice fiscale américaine, puis européenne, la Suisse pensait avoir joué au bon élève en payant (cher) sa rédemption et en réformant en profondeur ses pratiques de gestion de fortune – dont on rappellera tout de même que l’essentiel repose sur un savoir-faire parfaitement légal et contrôlé. Les Panama Papers arrivent, tel le rocher de Sisyphe, pour rappeler que la lutte contre l’argent sale ne s’arrêtera jamais. Et qu’elle mérite d’être poursuivie, sans relâche. Et sans dommage pour notre économie, qui n’a que faire de ceux dont les choix s’éloignent de l’esprit des lois. (24 heures)

Créé: 03.04.2016, 21h49

Thierry Meyer, rédacteur en chef.

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