Michael Lauber doit quitter son poste

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C’est ce qui s’appelle boire la coupe jusqu’à la lie. L’été dernier, le Ministère public de la Confédération, la maison suisse des enquêteurs, a tremblé. On découvrait avec stupeur les rencontres secrètes de son chef, Michael Lauber, avec le patron de la FIFA, Gianni Infantino, alors qu’on était en pleine instruction des enquêtes sur le football. On découvrait aussi le manque de remise en question du procureur général, et des traits d’arrogance sous une gueule d’ange. Le parlement avait passé l’éponge et fini par réélire le Soleurois à sept petites voix près. Plutôt que de fautes, la majorité parlait de manquements maladroits mais bénins. Pas de quoi justifier une destitution.


À lire: Michael Lauber se fait gifler, le parlement est mal pris


Les conclusions de l’enquête disciplinaire menée à l’encontre de Michael Lauber, dévoilées mercredi, disent l’inverse. Elles sont sans concession et viennent réduire en cendres le reste de crédit dont il jouissait à l’interne et à l’international. Selon son autorité de surveillance, le premier magistrat du pays n’a pas dit la vérité, agi de manière déloyale, a manqué à ses devoirs, parfois gravement. La liste des reproches est longue. Le plus choquant étant peut-être celui-ci: «Le procureur général ne voit pas en quoi ses agissements sont problématiques.» Un déni qui en dit beaucoup sur l’image que Lauber cultive de lui-même.

«Le mal est fait. Pour le citoyen. Pour la crédibilité de la justice. Pour la réputation de la Suisse»

Certes, les conclusions de cette enquête disciplinaire ne sont pas gravées dans le marbre. Il y aura sans doute recours. Elles pourraient être atténuées, d’autant plus que l’autorité de surveillance qui a mené cette enquête nourrit une certaine rogne contre le procureur général.

Mais le mal est fait. Pour le citoyen. Pour la crédibilité de la justice. Pour la réputation de la Suisse aussi. Michael Lauber a acquis une réputation internationale. Ce n’est pas un hasard si, mercredi, en France comme aux États-Unis, on pouvait lire que le procureur suisse a manqué à ses devoirs. L’homme devrait ainsi se montrer aussi sage que sa passion du yoga le suppose – et démissionner.

Et s’il décidait de s’accrocher malgré tout? Le parlement conserve la possibilité de le révoquer. Il ne peut plus, en connaissance de cause, continuer à cacher la poussière sous le tapis.

Créé: 04.03.2020, 21h22

Lise Bailat, correspondante parlementaire

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