À quand un ministère européen de la haine?

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On croyait les appellations fumeuses de ministères réservées à la France. On se souvient de celui de l’identité nationale créé en 2007 par Nicolas Sarkozy, qui espérait à tort couper la route à la droite de sa droite. Et qui finit par mourir de sa belle mort lors du dernier remaniement de François Fillon.

La nouvelle présidente de la Commission européenne à Bruxelles, Ursula von der Layen, vient de faire fort. Avec son petit air d’Hillary Clinton, son surnom de «Zensursula», on ne l’avait pas vue venir. Mais c’est bien à elle qu’on doit la création d’un poste de commissaire dédié «à la protection de notre mode de vie européen» en lien avec la migration. D’abord, c’est quoi un mode de vie européen? Et, surtout, est-ce le même pour le Croate catholique d’Istrie, l’Écossais protestant des Highlands ou le Grec orthodoxe de Patmos? Est-ce le même pour le pêcheur islandais, le fonctionnaire français, le plombier polonais ou le trader britannique? Cette appellation, selon son inventrice, serait «plus compréhensible» pour le citoyen du Vieux-Continent en y accolant les objectifs «dignité et égalité pour tous».

«Où s’arrête et où commence une identité, un mode de vie?»

Mais les mots ont un sens. Même sortis de la bouche d’une patricienne aux origines aristocratiques diverses et variées (royaume de Hanovre, la Caroline sudiste et esclavagiste). Et ceux-là sont clivants et stigmatisants. Ils séparent ceux qui appartiennent à un «cercle» de ceux qui n’y sont pas. Toutes proportions gardées, c’est un peu comme la guerre sainte des djihadistes qui séparent les bons musulmans de ceux qui n’en sont pas ou en sont de mauvais.

Si la Suisse est européenne géographiquement à défaut de l’être politiquement, un Schwytzois vit-il au quotidien avec les mêmes valeurs, les mêmes coutumes qu’un Ormonan des Mosses (dessous) ou des Diablerets (dessus). Où s’arrête et où commence une identité, un mode de vie? Ma grand-mère paternelle était une protestante italienne à tendance socialiste et mon grand-père paternel catholique radical, cela fait-il de moi un mauvais Vaudois? Faut-il créer un département de l’appartenance cantonale? Karin Keller-Sutter n’a pas besoin de changer le nom de son département pour mener une politique d’asile plus stricte que sa prédécesseure socialiste.

Il n’est pas question de nier où l’on vit et d’où l’on vient. Cela peut même être ou doit être, c’est selon, une fierté. Reste qu’à cette aune chacun, justement, est différent. Ce qui doit être célébré, encouragé y compris au travers de politiques publiques à large échelle, c’est de permettre à ces différences de vivre ensemble, de s’imbriquer les unes dans les autres au détriment de ces communautarismes.

Créé: 13.09.2019, 22h17

Claude Ansermoz, rédacteur en chef

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