Un moment de «coolitude», quelques instants de solitude

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La photo avait fait le tour du monde. Le président de la Suisse consultant son téléphone mobile, seul sur le quai en attendant le train. La mine hâlée sous la crinière argentée, l’élégance naturelle, un moment de «coolitude obamesque» pour Didier Burkhalter, fidèle serviteur des institutions politiques suisses soudain propulsé à l’attention planétaire. La présidence tournante de l’OSCE qui lui revenait, en plein conflit russo-ukrainien, surlignait son heure de gloire.

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Un moment phare, presque incongru. Le Neuchâtelois n’a rien du leader flamboyant, lui qui a construit sa longue et fructueuse carrière politique sur son adéquation de caméléon avec la lettre et l’esprit des lois de ce pays. Un sens du droit, de l’accommodement, de la mesure, du respect et des petits pas qui en a fait, en toutes occasions, un interlocuteur sérieux, précieux même. Revers, sa retenue naturelle l’a confiné à une expression plus gestionnaire qu’audacieuse des affaires publiques.

A tel point qu’aujourd’hui, à l’annonce de son départ, l’homme rouage qu’il a souvent été paraît un peu seul, dans un collège où il n’a pas imposé ses vues, même s’il jure n’avoir cessé de s’y essayer.

Didier Burkhalter s’est embourbé comme d’autres à l’Intérieur, avant de montrer cette gourmandise palpable pour les Affaires étrangères – il a même orchestré un zeste de people en scénarisant Friedrun, son épouse autrichienne. Mais cet ancien footballeur n’a rien du centre-avant individualiste, et tout du milieu de terrain modèle, qui préfère à l’action solitaire les subtils mécanismes d’équipe. Atavisme horloger?

La personnalisation de la politique a pesé sur un homme qui, on s’en souvient, avait beaucoup hésité avant d’enfiler le costume promis de conseiller fédéral. Son départ est à l’aune de ces atermoiements privés: très personnel, presque mystérieux, déconnecté des stratégies.

Portrait: Un gentleman sans vision

Ce détachement renforce le léger sentiment d’inachevé que son parcours dégage. Certes, Didier Burkhalter a raison de dire que la politique européenne de la Suisse est l’affaire de tout le collège. Mais tout de même: à son poste, le libéral-radical en porte une responsabilité particulière. Et, dans ce dossier piège, il symbolise ce gouvernement qui n’a pas vu venir la vague de colère du 9 février 2014 sur l’immigration, en témoigne l’absence de réponses ou de geste fédérateur avant le vote couperet. Depuis, on cherche dans le tâtonnement gouvernemental un élan commun, une résolution, une dynamique que le démissionnaire n’a pas suffisamment exprimés.

Ces derniers mois, ce politicien «old style» est apparu isolé, à tort ou à raison. Autant dans une équipe dont on devine un fonctionnement plus individuel qu’il ne le souhaiterait, que face à sa propre formation, que les récents succès électoraux ont rendue plus impatiente de solutions tranchées face à l’Union européenne.

Didier Burkhalter a-t-il pour autant un bilan plus terne que ses prédécesseurs? Non. La douce voix du Neuchâtelois, celle-là même qui lui intime aujourd’hui de se retirer, incarnait ce en quoi il a toujours cru: la primauté des institutions sur les femmes et les hommes qui les composent. Une vision très suisse. Et une qualité.

Créé: 14.06.2017, 23h15

Thierry Meyer
Rédacteur en Chef

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