La montagne magique et les loges de la lenteur

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Il y a des jours où l’on aimerait bien avoir un siècle de moins au compteur. Comme lorsqu’on se balade à Glion dans le parc de feu l’Hôtel du Righi vaudois. Du fleuron du tourisme d’altitude de la Riviera, fermé depuis des années, se dégage forcément beaucoup de nostalgie. Par le jardin, avec l’inévitable et incontournable vue sur le Léman et le Grammont, on peut en toute liberté reluquer au travers de l’opacité que le temps qui passe a dessinée sur les vitrages. On y devine des tentures, des tapisseries, le lustre des lustres, un piano à queue. Et on se dit qu’on aimerait bien être un aristocrate anglais du XIXe siècle. Un pionnier en smoking pour les premières aventures du luxe alpin. «Cet hôtel est envoûtant, exigeant mais resplendissant, témoigne une habitante du village sur le site notrehistoire.ch. Le voir si pauvre aujourd’hui nous pince le cœur.»

Il y a effectivement quelque chose de presque immoral à laisser mourir pareil patrimoine. Non seulement parce qu’il est tout simplement beau, mais parce qu’il raconte de surcroît une histoire. Celle d’une Suisse pauvre qui a su accueillir de belles idées d’ailleurs – et l’argent qui va avec – pour construire une industrie novatrice. Novatrice parce qu’elle marquait quelque part le début de l’excellence de notre service. Et qu’aujourd’hui plus de trois quarts des entreprises suisses sont actives dans le secteur tertiaire. Ces aventures hôtelières en moyenne et haute montagne ont aussi débouché sur de véritables innovations dans l’art de construire à la sauce indigène, offrant aux architectes suisses des terrains de jeu qui ne sont pas pour rien dans leur expertise d’aujourd’hui. Avec leur renommée internationale qui va avec.

Du côté du Grimsel, du val d’Anniviers, du lac des Quatre-Cantons, des Grisons, de Zermatt ou de l’Oberland bernois, notamment, on a gardé quelques-uns de ces vestiges. Certains sont presque restés dans leur jus. D’autres ont gardé l’enveloppe tout en s’inscrivant dans le confort du XXIe siècle. Y dormir, ne serait-ce qu’un soir, c’est souvent s’offrir un séjour hors du temps en face de sommets découpés. C’est aussi, comme le racontait Thomas Mann dans «La Montagne magique», redécouvrir le microcosme des «gens d’en haut». Coupés de ceux d’en bas, là où la vie va de plus en plus vite. Comme les cabanes ou les refuges, ces patrimoines sont des loges de la lenteur autant que des oasis de ressourcement

Créé: 02.02.2019, 08h29

Claude Ansemoz, rédacteur en chef

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