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Mourir de Facebook enchaîné

Les réseaux sociaux sont un indicateur du moral de l’espèce humaine. Pendant les premiers jours de l’épidémie, nous autres potentiels malades avions surtout peur de l’inconnu, du flou, de l’incertitude. Ont ainsi fleuri sur les champs numériques, comme des jonquilles qui percent au printemps, de multiples théories plus ou moins savantes provenant d’autoproclamés experts qui le tenaient d’un ami qui lui-même avait de bonnes sources…

«Ces «défis» partagent avec lesystème de Ponzi un effet boule de neige»

Puis est venu le temps des pensées positives, de l’essaimage de maximes du prophète Khalil Gibran ou de paroles du mahatma lui-même, avant qu’on voie fleurir les pensées en faveur des soignants qui se battent pour nous (un peu moins d’empathie pour les éboueurs ou les vendeuses…).

Ensuite est venue la saison où toutes les personnalités, plus ou moins célèbres (ou dans l’espoir de le devenir) ont été motivées à nous motiver à rester à la maison, dans une litanie d’une telle répétitivité qu’elle donnait presque envie de se rebeller et d’aller embrasser ses voisins sur la bouche.

Soyons justes: on a vu passer sur les différents canaux virtuels tous les montages graphiques, photos ou vidéos sur la pandémie, plus hilarants les uns que les autres, à condition qu’on les voie passer pour la première fois, ce qui est rarement le cas.

Là, l’humanité confinée s’ennuie comme un rat mort dans un souterrain obscur. Elle a donc ressuscité un de ses pires fléaux, qui se répand encore plus vite qu’une pandémie en hiver: la chaîne. Qu’il s’agisse de publier des photos de soi gamin (ces tronches, c’est trop drôle, ha, ha, ha), en taguant vingt amis pour les défier de faire de même, des vingt albums musicaux marquants, des photos de vaches pour soutenir l’agriculture, des dix films incontournables de tous les temps, la chaîne transforme Facebook en périph parisien aux heures de pointe. Parce que ce genre de «défi» partage avec le système de Ponzi cher aux escrocs un effet boule de neige qui vire à l’exponentiel.

Un avantage existe, celui de noyer les nouvelles déprimantes du fil d’«actualités». Mais la chaîne a le défaut dans le même temps de l’inonder d’un flot d’inepties qui le rend définitivement repoussant. Franchement, savoir que Grégoire a aimé le «Köln Concert» de Keith Jarrett en 1975 ou que Philippe vénère le concert de Johnny Cash à San Quentin en 1969… C’est sans doute très divertissant pour les auteurs mais ça donne plus envie, encore, de voir arriver la fin de ce confinement des idées.

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