Un Nobel qui plairait à Alfred

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Un Nobel de la paix, un vrai. Enfin! diront certains, lassés des circonvolutions sémantiques du comité d’Oslo. Car malin celui qui peut encore suivre aujourd’hui le raisonnement de ces cinq sages norvégiens qui adoubent chaque année la personnalité ou l’organisation ayant lutté pour la paix dans le monde. Et qui nous forcent à chaque fois à nous plonger dans les affres des définitions pour retrouver celle pertinente de ladite paix, du rapprochement des peuples, de l’entraide entre les êtres humains. Bref, de bien nobles causes qu’avait imaginées dans son testament l’inventeur philanthropique de la dynamite. Alfred Nobel qui s’amuserait, c’est certain, de voir, cent ans après, que son prix fait toujours autant parler de lui.


À lire l'article: Le Prix Nobel de la paix Abiy Ahmed a encore du pain sur la planche


Parce que la paix est devenue bizarrement, ces dernières décennies, une notion à large spectre. Très large. Alors bien sûr Mère Teresa et le dalaï-lama nous rappellent que tout peut être simple lorsqu’on veut faire le bien. Mais le Nobel de la paix, graal si surmédiatisé qu’il supplante d’ailleurs les autres Nobel dans nos mémoires sélectives, n’a pas été donné qu’à des gens «biens».

Il y a eu, dans le désordre, le belliqueux Kissinger embourbé dans la guerre du Vietnam, le trio Peres-Rabin-Arafat pour un processus de paix non tenu, Aung San Suu Kyi, tant admirée mais qui nous a tellement déçus. Obama l’a eu trop tôt. Mandela, trop tard. Gandhi, jamais.

Le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, heureux récipiendaire 2019, nous renvoie à nos basiques. Un homme d’État qui a tendu la main à son frère ennemi l’Érythrée et mis fin à vingt ans de guerre, 80'000 morts. Un homme de dialogue, issu d’un melting-pot religieux, un esprit audacieux, le «Gorbatchev éthiopien». Dans la droite ligne des Kofi Annan et Jimmy Carter. Abiy Ahmed reçoit le Nobel de la paix comme un encouragement. À poursuivre l’œuvre du bien, à combattre haut et fort l’injustice et la violence, au moment même où un ancien lauréat, la grande famille européenne, brille par son silence assourdissant sur le sort des Kurdes en Syrie. Souhaitons-lui bonne chance. Et rappelons-nous son nom.

Créé: 11.10.2019, 19h42

Virginie Lenk, journaliste

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