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Une patate chaude à plus d’un milliard

Le choix était pertinent. Lorsqu’en 2013, l’Union européenne a fait du projet sur le graphène et celui sur le cerveau humain ses deux initiatives phares, cela avait du sens. D’un côté, on choisissait de financer un projet autour d’un matériau miracle dont on a longtemps pensé qu’il était impossible à obtenir. De l’autre, on décidait d’allouer la même enveloppe conséquente (1,2 milliard de francs sur dix ans) à un sujet qui concerne l’être humain dans ce qu’il a de plus intime: son cerveau, dont on ambitionnait de reproduire tout le fonctionnement sur ordinateur. Entre l’un très technique et l’autre bien plus ontologique, les projets de recherche européenne avaient de la gueule.

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Mais la belle image a vécu. En proie à des crises, des guerres intestines et à des conflits d’intérêts quasi dès sa naissance, le Human Brain Project a été profondément réorienté. L’idée qui avait été vendue aux technocrates de Bruxelles a été reléguée au second plan. Au rêve de simulation du siège de la conscience a succédé la mise en place d’une infrastructure informatique, sorte de caisse à outils numérique qui fait la part belle aux technologies de l’information et qui doit servir à toute une communauté de chercheurs. La dimension très pratique a remplacé le grain de folie des débuts.

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Mais, dans la mesure où le projet a tellement changé, comment mesurer ses résultats objectivement? En réalité, le Human Brain Project est à la fois raté et réussi. De la même manière que le verre est à moitié vide ou à moitié plein, tout est question de point de vue et d’état d’esprit. Cependant, l’important est ailleurs et la question qui se pose aujourd’hui est de savoir comment gouverner cet immense paquebot qui a parfois l’air de naviguer à vue. L’EPFL, embarquée dans une délicate négociation avec l’UE pour continuer à faire partie de la recherche européenne, ne donne pas l’impression de vouloir s’accrocher. Pour un peu, elle aurait même l’air pressée de lâcher la gouvernance. Reste la Commission européenne, qui se laisserait volontiers tenter par la découpe de la patate chaude pour en donner un morceau à chaque État membre. Mais pas sûr que le navire navigue mieux en pièces détachées.

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