Pesticides, placements: le grand tournant

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Il y a deux ans, en rachetant Monsanto, le fabricant du Roundup, Bayer imaginait prendre une place de leader dans l’agrobusiness. La manœuvre, qui aura coûté plus de 50 milliards au géant allemand, tourne au fiasco. Bayer et ses chimistes ont totalement sous-évalué les risques liés au glyphosate, cet herbicide dit de nouvelle génération et largement utilisé dans le monde, y compris dans la viticulture suisse.


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Si les études scientifiques restent controversées sur les dangers réels du glyphosate ou des plantes OGM commercialisées autrefois sous la marque Monsanto, la présomption d’innocence semble avoir changé de camp. Les verdicts rendus par les tribunaux accablent le rejeton de Bayer. Certes, les industriels de l’agrochimie brandissent d’autres études mais le doute gagne les juges. L’innocuité des pesticides et herbicides ne convainc plus grand monde. Les peurs légitimes sur le changement climatique, le tableau noir sur l’état de la biodiversité et la qualité des sols ont renversé le fardeau de la preuve. Aujourd’hui, c’est à l’industrie de prouver qu’elle est propre et non plus à ses détracteurs de faire la démonstration de ses nuisances.

En clair, ce qui n’est pas «durable» n’est plus accepté. Et c’est pour ce même principe que la Banque nationale suisse (BNS) avoue timidement vouloir étudier sa politique de placement selon des critères de durabilité. Jusqu’ici la BNS s’était toujours montrée très réticente dans l’application de choix sociaux et environnementaux très stricts. Par peur de réduire drastiquement sa capacité à investir son immense pactole de devises étrangères et de devoir exclure de ses placements quelques-unes des plus grandes sociétés de la planète.

«Aujourd’hui, c’est à l’industrie de prouver qu’elle est propre et non plus à ses détracteurs»

Mais, ici aussi, la pression politique devient trop forte. La BNS ne peut plus justifier un portefeuille comportant des producteurs de charbon, une énergie très sale et la plus dangereuse pour le climat. Même si la BNS jouit en Suisse d’une grande indépendance, la durabilité vient également d’entrer dans ses comptes. C’est symbolique encore, mais c’est un tournant. L’investissement ne peut plus être agnostique.

(24 heures)

Créé: 15.04.2019, 22h31

Pierre Veya, chef de la rubrique Économie

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