Passer au contenu principal

Non, le peuple suisse ne se sent pas trahi par ses institutions

Cette fois, les stratèges de l’UDC n’ont pas senti d’où le vent pouvait souffler. Le parti nationaliste conservateur est pourtant passé maître dans sa faculté à identifier, intensifier et scénariser les problèmes qui préoccupent les Suisses. Et le terreau paraissait des plus fertiles pour cette initiative de «mise en œuvre» du renvoi des étrangers criminels: attentats de Paris, afflux de migrants, agressions du Nouvel-An à Cologne, l’actualité anxiogène propice aux réflexes xénophobes ne manquait pas.

Au final, c’est pourtant un échec sec et sonnant. Au terme d’une campagne vigoureuse jusqu’à l’outrance, le scrutin a engendré une très forte participation (plus de 63%). Et une coalition inédite, mêlant des bords politiques opposés, des intérêts sociaux et professionnels divers, des voix qu’on n’avait pas l’habitude d’entendre aussi fort, a fait barrage à un texte jugé inopportun. Qui était aussi le symbole d’une politique de blocage et de division.

Le jusqu’au-boutisme de l’UDC a fini par desservir le premier parti de Suisse. Cinq ans après son triomphe sur le même thème, il a cru pouvoir dresser «le peuple» contre «les élites», élus, juges, représentants des institutions, qui ne seraient à l’écoute que d’eux-mêmes. Cette simplification extrême, cette négation de l’Etat de droit, de ses nuances, de sa proportionnalité et de ses multiples ressorts, ont fini par révolter une Suisse qui, sur les questions de sécurité comme sur les autres, sait être sévère mais veut rester juste.

Les articles ABO sont réservés aux abonnés.