La relecture, cette fausse ennemie du journaliste

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

J’ai mis une semaine à relire mes propos. Ou plutôt à y repenser. Le temps de digérer l’annonce de Patrick Jankielewicz, rédacteur en chef de la Voix du Nord, dans laquelle j’ai pigé comme étudiant en journalisme. A-t-il raison de proclamer haut et fort qu’il ne publiera plus les interviews des personnalités politiques qui exigent une relecture avant publication? Au nom de l’honorable vertu de l’indépendance de son titre face au droit d’ingérence que s’arrogent certains puissants sur la retranscription à l’écrit d’un entretien oral.

Sur le papier, rien n’est plus séduisant que de résister aux communicants et autres spin doctors qui policeraient les propos. En 2000 déjà, SonntagsBlick publiait deux versions de la même interview du chef du Bureau d’enquête sur les accidents d’aviation, tellement l’originale avait été retravaillée. Et, comme cette relectorite aiguë ne s’arrête pas au politique, Les Inrockuptibles hurlaient au scandale en 2004 quand l’artiste suisse Thomas Hirschhorn voulait par trop retoucher ses propres mots.

Lors de mes années en rubrique Suisse, j’ai quelques souvenirs douloureux quand tel conseiller personnel de Joseph Deiss lissait le propos déjà trop lisse du conseiller fédéral chargé de l’Économie. Ou quand j’essayais tant bien que mal de conserver sur le papier quelques belles oralités de Pascal Couchepin.

«Un entretien publié n’est pas qu’une simple fidèle retranscription»

Reste que, contrairement à ce que beaucoup croient, un entretien publié n’est pas qu’une simple fidèle retranscription. C’est, relecture ou pas, la reconstruction, la reconstitution d’un échange qui souffre parfois d’avoir été touffu, long, décousu. Cela peut donc déboucher sur une négociation, quelquefois tendue, pour que la reproduction de ce moment convienne tant au journaliste qu’à la personnalité interrogée. C’est au préalable que les règles du jeu doivent être fixées.

Mais ce «jeu» peut aussi être profitable aux médias. En 2004, j’avais questionné le patron de La Poste sur le temps d’attente au guichet. Il avait rétorqué que les chiffres, tout en refusant de me les donner, montraient que la situation s’était considérablement améliorée. Sachant que seul son service de com relirait, j’avais alors soumis une version disant que le nombre d’usagers attendant plus de dix minutes était passé de un sur sept à un sur trois. J’ai reçu le texte corrigé, qui mentionnait que le bon chiffre était de un sur quatre. Le journaliste avait gagné. Le lecteur et la vérité aussi. Et peut-être même Ulrich Gygi. Un entretien publié n’est pas qu’une simple fidèle retranscription. (24 heures)

Créé: 27.01.2018, 08h24

Claude Ansermoz, Rédacteur en chef

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 5

Laeticia et l'héritage de Johnny
(Image: Valott) Plus...