Remâchons deux, trois idées sur la malbouffe

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Les coreligionnaires du gymnase où j’eus le bonheur d’étudier se souviennent peut-être de l’appréciation d’une professeure de philosophie sur notre génération: nous, ados des années 90, n’étions que des «mollusques invertébrés gazeux», seulement intéressés par la facilité au point de ne rien vouloir mastiquer de plus consistant qu’un pain au lait. C’était caricatural, mais on ne pouvait lui donner totalement tort.


A lire: Lausanne va-t-elle se faire dévorer par la malbouffe?


Avec quelques sous en poche, le hot-dog et l’affreux sandwich imbibé de mayo de la cafète rivalisaient d’attrait face à l’émincé de poulet sec de la cantoche. Pour échapper à ces mornes perspectives, il fallait se résoudre parfois à pousser jusqu’à l’unique chaîne de restauration rapide de la région pour s’offrir un burger frites, même pas local.

Presque trois décennies plus tard, les enseignes de fast-food sont autrement nombreuses – et autrement diversifiées – et fleurissent aux points stratégiques des villes, tendant leurs filets aguicheurs aux grappes de boutonneux et fêtards en quête de subsistance. C’est ce que dénoncent 3200 pétitionnaires lausannois redoutant avec cette prolifération d’aliments standardisés l’aggravation d’une dérive sanitaire avérée.

«La formation du goût ne se scelle pas au seuil des temples de la malbouffe»

Mais suggérer l’interdiction d’enseignes, ou, à tout le moins, leur limitation ne changera rien à deux choses: d’une, les générations d’ados continueront de sillonner les villes avec pour critère alimentaire premier la facilité. Mœurs qui auront de bonnes chances d’évoluer moyennant un brin d’éducation. De deux, la formation du goût, précisément, ne se scelle pas au seuil des temples de la malbouffe. L’affaire se joue dans une surabondance de choix, l’esprit tiraillé par le matraquage publicitaire des uns et les mises en garde militantes des autres. Ces matches se déroulent à la maison (micro-ondes contre planche à découper), au supermarché (rayon bio contre plats industriels), au marché (oranges espagnoles contre poires locales), à la brasserie de quartier (crudités variées contre choucroute garnie).

Alors le politique doit-il contrôler jusqu’au contenu de nos assiettes? J’ai bien envie de dire que ce serait un excellent sujet de dissertation philosophique.

Créé: 23.10.2019, 06h45

Flavienne Wahli Di Matteo, journaliste Vaud et Régions

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