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Le rideau de Fehr ou la devise de Winkelried?

En temps normal, j’apprécie la social-démocratie à la sauce alémanique. À l’ouverture sur les autres, les rose-verts d’outre-Sarine ajoutent souvent une pointe de libéralisme économique. Pour un pays comme la Suisse, qui s’est essentiellement construit ces dernières décennies sur la valeur travail et les services, ce pragmatisme est souvent nécessaire. Cette vision de la «troisième voie» a fait quelques émules ici aussi.

Mais le coronavirus change tout. Et le socialiste zurichois Mario Fehr en est en quelque sorte l’incarnation. Pour le conseiller d’État, donc, le fait que la pandémie soit si peu présente dans certaines contrées serait essentiellement dû à la capacité d’obéir strictement aux consignes du Conseil fédéral. Corollaire No1 (non dit): les Latins sont plus touchés parce qu’ils sont plus rebelles et moins disciplinés. Corollaire No2: il faut rouvrir grand les vannes de l’activité dans les cantons, dont le sien, où il y a peu de cas.

C’est oublier ce qu’est la Suisse. À quoi sert un État si chacune de ses composantes fait comme bon lui semble? Dans l’esprit du ministre rose, dur sur l’asile, on imagine que rien ne s’oppose à un retour des frontières cantonales le temps que les pestiférés se soignent. Ensuite, oui, Tessinois et Romands souffrent d’être voisins de pays où le virus n’a pas été bien géré. Mais leur propre gestion de la crise a justement évité qu’elle ne se propage vers leurs cousins alémaniques. On attendrait plutôt un merci de sa part. Ou une proposition de péréquation de crise pour venir en aide aux Cantons qui ont dépensé sans compter pour que leur système de santé – public et privé – absorbe le choc. Mais je suppose que M.Fehr n’est jamais venu au CHUV pour voir comment cela se passe.

Il n’est pas seul de cet avis. En Suisse centrale, pays magnifique de montagnes qui plongent à pic dans les lacs, on ne comprend pas ce ralentissement forcé. La Schwytzoise Petra Gössi – grande prêtresse du PLR suisse – appelait sur les affiches testées sur Facebook à la réouverture des zoos «en respectant les règles de l’OFSP». Les animaux au-dessus des hommes? Dans un même élan d’incompréhension, certains militants d’ici, UDC ou de la gauche radicale, s’étranglent sur les réseaux. Et après, certains avancent qu’il n’y a pas de Coronagraben.

Personne ne sait si une seconde vague arrivera ici, et si elle sera plus plate, plus longue, plus meurtrière. Personne ne le souhaite. Mais, pronostiquent des épidémiologistes, avec le déconfinement soutenu annoncé au niveau national, elle pourrait s’étendre aux cantons jusqu’ici préservés. Il y a une vertu si suisse que l’on pourrait continuer à cultiver, c’est l’humilité. Surtout face à une maladie qui n’a pas livré tous ses secrets… On rappellera que la devise chère à Winkelried «Un pour tous, tous pour un» trône dans le Palais fédéral depuis la fin du XIXesiècle.

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