Et si la Riponne prenait des airs parisiens?

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«Vous savez quel est le plus beau bâtiment sur la place de la Riponne?» La question ne vient pas de tout à fait de n’importe qui. Elle m’a été posée dans les murs du parlement vaudois lors du vernissage d’un formidable petit livre («Histoire vaudoise, un survol», de Corinne Chuard, aux Éditions Infolio). Par le père d’un politicien en vue, visiblement féru de patrimoine. Devant ma mine perplexe qui hésitait – parce que, bon, on peut dire que le Palais de Rumine est «spectaculaire», mais de là à le trouver «beau» ?, il me glisse: «Arlaud…»

Alors refaisons un peu d’histoire. Tout commence à Orbe. Où Marc-Louis Arlaud, futur artiste, naît en 1772. Pour avoir critiqué le régime de Napoléon, le portraitiste qui faisait carrière à Paris est expulsé de France. Il revient à Lausanne et devient directeur de l’École cantonale de dessin. Et finance lui-même l’édifice pour l’accueillir, ainsi que le premier Musée des beaux-arts. C’est un bâtiment néoclassique que l’on doit à Louis Wenger, qui a également conçu la maison Bugnion qui abrite l’Hermitage. Néoclassique rapport aux prédécesseurs en vogue ? baroque et rococo ?, et la réinterprétation des éléments gréco-romains «au service du politique». Ce «bloc de proportion harmonieuse» fermait alors la place de la Riponne. On peut ressentir cette importance visuelle sur le tableau de Friedrich von Martens (1845), «La place de la Riponne».

«Est-ce qu’on n’oublierait pas un peu l’importance de l’Espace Arlaud?»

Revenons à mon «lanceur d’alerte». Dans le fourmillement participatif aussi foutraque qu’enthousiasmant autour du projet urbanistique visant à redonner à cette Riponne la place qu’elle mérite au cœur de la cité, est-ce qu’on n’oublierait pas un peu l’importance de l’Espace Arlaud? Dans le livre «Lausanne entre deux places», édité par la Ville, on voit souvent Rumine, l’église méthodiste allemande et sa cure, la Grenette (détruite en 1933), le jet d’eau éphémère de l’hiver 1868-1869, le Cercle démocratique, les voitures aujourd’hui enterrées dans le parking, mais très rarement le plus vieux musée de Lausanne.

Il faut dire qu’il est désormais très bien caché. Derrière un agglutinement cubique servant à la fois de kiosque et de sortie du métro et du parking. Donc est-ce qu’on ne pourrait pas raser tout ça? Après tout, même une ville comme Paris a su rendre les accès à son métropolitain élégant. À l’image des édicules et autres entourages art nouveau dessinés par l’architecte Hector Guimard au début du XXesiècle. Aussi beaux que discrets.

Créé: 06.12.2019, 23h08

Claude Ansermoz, rédacteur en chef

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