S3 est mort, autopsie d’un crash si vaudois

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Peut-on à la fois avoir la tête dans les étoiles et garder les pieds sur terre? Dans l’affaire Swiss Space Systems (S3), qui rêvait d’envoyer des gens ordinaires dans l’espace, la réponse est clairement non. Mais si «24 heures» a choisi aujourd’hui et pour les jours qui suivent de revenir longuement sur cette aventure achevée dans un trou noir qui a englouti quelque 32 millions de francs, c’est parce qu’il est un peu facile de faire de Pascal Jaussi le seul et unique responsable de cette faillite. Une faillite qui coûtera cher au contribuable vaudois – près de 4 millions – et à l’économie privée.

Bien sûr, dans ce jeu de dupes, les médias ont une pierre dans leur jardin. Ils ont, parfois un peu aveuglément, adoré raconter cette belle histoire. Une success story, un feel good movie techno-campagnard. Alors qu’on reproche souvent aux journaux de se focaliser sur les mauvaises nouvelles, l’occasion était peut-être trop tentante. Avec, en guise de décor, enfin, une région située hors du sempiternel arc lémanique dont certains estiment qu’il est surexposé. Et «24 heures», comme d’autres, n’a pas échappé à la règle.

«Il est un peu facile de faire de Pascal Jaussi le seul responsable de cette faillite»

Mais, pour véritablement réussir son coup, le mythomane de génie avait surtout besoin de la caution de gens bien placés, bien implantés, à la réputation immaculée. Et c’est là que ces responsables ont failli, gravitant passivement, béatement, en apesanteur autour de fausses promesses. Sans voir – ou, pis, sans vouloir voir – les signaux d’alarmes qui démontraient, petit à petit, document après document, que la fusée n’allait jamais décoller. Qu’elle allait même sévèrement se crasher, laissant des employés sur le carreau…

Ceux-ci ont été pris dans un effet domino qui voulait que, si un tel avait préalablement adoubé l’Elon Musk de la Broye, il n’était pas nécessaire de vérifier de trop près le dossier par soi-même. Sans parler des potentiels renvois d’ascenseurs entre proches, même lorsque de l’argent public était en jeu. À trop vouloir se poser sur la Lune, on marche parfois sur la tête. Et faire toute la lumière sur la chaîne d’irresponsabilités qui a conduit à cette faillite, c’est le prix à payer pour que cela ne se reproduise pas. (24 heures)

Créé: 29.08.2018, 06h43

Claude Ansermoz, rédacteur en chef

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