Le syndrome du serrage de boulons

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La sortie fracassante de l’un des responsables de l’Église réformée vaudoise n’est pas si étonnante que cela. Elle fait suite à une série de polémiques qui ont secoué l’institution ces dernières années. Le démissionnaire, John Christin, reproche à Xavier Paillard, chef de file de l’Église, un style de direction qui frise la dictature, des décisions abruptes et un management centré sur l’efficacité, qui placerait les états d’âme à l’arrière-plan. Tiens, cela rappelle furieusement les accusations de Daniel Fatzer, le pasteur viré en 2016 à quelques mois de la retraite pour avoir outrepassé les consignes. Xavier Paillard est un homme à poigne, il ne s’en cache d’ailleurs pas. Il dirige l’Église comme on conduit une entreprise axée sur les résultats, et tant pis pour ceux qui trouveraient ses procédés peu évangéliques.

Cette querelle de personnes à la tête de l’Église n’est pas qu’une péripétie: elle se cristallise autour de l’office des ressources humaines. Un secteur dont le ton et les procédés avaient choqué lors du licenciement de plusieurs pasteurs. Procédés pleinement assumés par Xavier Paillard, avant que le responsable de l’office ne soit mis sur la sellette. Le Synode s’inquiète depuis plusieurs années des méthodes de gestion du personnel dans l’Église. La Ministérielle (le syndicat des pasteurs) s’est scandalisée de manières de faire qui désécurisent certains ministres. «L’Église est devenue indépendante de l’État il y a dix ans et nous sommes encore des amateurs, nous cherchons la bonne manière de gérer une institution religieuse», résume un pasteur.

«Une période difficile où il est bien tentant de confier les clés à une personne de poigne»

L’Église réformée essaie de se réinventer dans une société où elle est désormais marginale. Elle devra compter avec moins de personnel et de moyens à l’avenir, étant donné le recul numérique des protestants dans le canton. Une période difficile où il est bien tentant de confier les clés à une personne à poigne, dont on se dit qu’elle va tenir la baraque. Avec un Xavier Paillard à sa tête, l’Église a cédé au syndrome du serrage de boulons. C’est efficace en termes de gestion, sans doute moins pour l’image et le renouveau spirituel dont l’institution a besoin. (24 heures)

Créé: 28.06.2018, 23h47

Patrick Chuard, rubrique Vaud

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