Le tirage au sort, entre folie et raison

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Remettre le pouvoir à une assemblée tirée au sort. L’idée a quelque chose de vertigineux. Et d’assez effrayant. Est-ce que ces chanceuses et chanceux seront capables de débattre des épineux dossiers traités par nos vaillants politiciens? Une partie du monde académique en est convaincue. Un mouvement international entend même faire du tirage au sort des pouvoirs un sujet d’actualité. En Suisse, ce sera le cas dans deux ans avec une initiative visant à laisser le hasard choisir les membres du Conseil national. Nyon est moins audacieuse en réfléchissant à se doter d’une assemblée citoyenne consultative permanente. Mais c’est un premier pas dans la tendance actuelle. Nenad Stojanovic, politologue fervent défenseur de cette pratique, l’assure: «L’approche est pragmatique. La société n’est pas prête aujourd’hui à donner les clés du pouvoir à des personnes tirées au sort.»


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Le panel nyonnais, si le projet se concrétise, sera donc un moyen de se rendre compte de la pertinence de la démarche sur le long terme. L’idée mérite d’être mise en pratique pour cela. Si nous sommes si fiers de notre démocratie, nous devons aussi parfois la bousculer et la remettre en question. Car il est évident qu’elle dysfonctionne à plusieurs égards. Quand la plus grande puissance mondiale élit un président incapable de lire un rapport de plus d’une page A4, la démocratie démontre avec insolence qu’elle n’offre pas la garantie de l’excellence. Plus proche de nous, qui suit la politique locale rencontre des élus mal assis sur le siège que leur ont attribué les électeurs. Le choix des urnes est décidément parfois aussi hasardeux qu’un tirage au sort.

«Le choix des urnes est parfois aussi hasardeux qu’un tirage au sort»

Nyon a aujourd’hui une chance de devenir un laboratoire de la démocratie. Qu’importe si l’expérience réussit ou pas. Elle mérite toutefois d’être expérimentée pleinement et sans arrière-pensée. Pour cela, les autorités n’auront d’autre choix que l’humilité. Sans cela, face au personnel politique élu, expérimenté et plus nombreux, les représentants de la population risquent d’avoir de la peine à faire le poids. Et l’expérience se transformera en un atelier participatif alibi de plus en terres vaudoises.

Créé: 10.03.2020, 06h39

Raphaël Ebinger, journaliste

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