Une tragédie sous le tapis

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Neuf filles et un garçon. Au moins. C’est le nombre de victimes, toutes sourdes, abusées sexuellement par le même jeune homme. Ce garçon, lui aussi sourd, a commencé ces agressions dès son plus jeune âge et jusqu’en 2015, date de son arrestation. Cela se passait juste à côté de chez vous, en grande partie à l’École cantonale pour enfants sourds de Lausanne, puis dans un centre à Renens. Les sirènes ont été actionnées. Des victimes ont dénoncé en 2007 déjà. Des condamnations –dérisoires – ont été prononcées. Un réseau de professionnels – éducateurs, psychiatre, entre autres – a été mis sur pied. Identifié, le jeune agresseur a pourtant poursuivi son chemin en brisant des vies.


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L’enquête que nous publions aujourd’hui questionne les décisions, ou l’absence de décisions, prises par des adultes censés protéger les plus faibles et jette une lumière crue sur le silence de ceux qui savaient.

Certains invoqueront le cadre particulier de cette affaire. Né dans une famille précaire ne pratiquant pas la langue des signes, l’auteur était isolé, privé de cette communication vitale avec un père et une mère. Au point de provoquer un retard mental, des carences émotionnelles et sociales. Quant à ses victimes, sachant à quel point il est difficile pour des enfants entendants de mettre des mots sur une agression sexuelle, le défi était encore plus grand de devoir le faire en langue des signes auprès d’adultes qui ne comprennent souvent pas leur monde. Une des victimes nous confiait aussi que les sourds souffrent, encore aujourd’hui, d’un déficit d’information en matière de sexualité.

«Le malaise a-t-il pris le dessus sur le devoir de protection?»

Ce contexte sensible ne peut être une justification, pas même une excuse. Au contraire. Murés à la naissance dans le silence, fragilisés par des barrières trop nombreuses, ces enfants, victimes et auteur compris, méritaient une protection de chaque instant. Dire que ces actes étaient inadmissibles. Expliquer la sexualité. Accompagner ceux qui avaient souffert. Avertir tous les parents et le public, pourquoi pas. Prévenir toute future victime en posant un cadre serré dépassant la mission d’une école, autour d’un garçon déviant.

Le malaise de découvrir des abus sexuels chez de jeunes enfants, de surcroît sourds, dans une école qui peinait à trouver sa place et qui voyait défiler les candidats à sa direction, a-t-il pris le dessus sur le devoir de protection? Le tabou était-il trop grand? C’est aussi cela que l’enquête administrative ouverte par le Département de la formation, de la jeunesse et de la culture devra éclairer.

Créé: 24.01.2020, 21h48

Pascale Burnier, rédactrice en chef adjointe

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