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La vache et le confiné

De la fenêtre où je télétravaille, je vois chaque jour les vaches de mon voisin paysan brouter tranquillement dans leur champ. Comme si de rien n’était, à des années-lumière des graves problèmes causés par le Covid-19 à l’ensemble de l'humanité. Normal, me direz-vous, ces bovidés n'ont aucune idée qu’un virus probablement transmis à l’homme par des pangolins en Chine a bouleversé la vie des êtres humains dans le monde entier, jusqu’ici, au village. Mais leur air insouciant m’interpelle. Et comme je viens de revoir Fernandel à la TV dans «La vache et le prisonnier», je me laisse aller à quelques réflexions.

Au lieu de considérer ces icônes de la Suisse traditionnelle comme faisant partie d’un tableau bucolique désincarné, je me demande quels peuvent être leurs états d’âme? Je me dis qu’en matière de confinement les vaches en connaissent un bout, puisque leurs ancêtres les aurochs ont été domestiqués par Homo sapiens il y a plus de dix mille ans. Depuis très longtemps elles ont conscience de la différence entre le confinement strict à l’étable et le semi-confinement dans le pré clôturé. Chaque matin, leurs cabrioles en disent long sur leur joie de retrouver l’air libre.

«N'est-il justement pas temps de remettre en question notre rythme de vie effréné?»

À les regarder de plus près, ces sympathiques bovins, une fois au pâturage, dégagent un air serein et détendu. Ils sont apparemment satisfaits de leur sort. Mais est-il enviable? Car, tout de même, la vie d’une vache n’a rien de trépidant. Cela dit, n'est-il justement pas temps de remettre en question notre rythme de vie effréné? Quand une vache fixe son regard sur un train bondé de pendulaires, nous y voyons un air hébété, alors qu’elle exprime peut-être sa stupéfaction devant un spectacle si dérisoire, et ses yeux ronds au regard insistant tentent peut-être de nous alerter sur le sens de la vie...

Bon, je divague un peu. Prêter de telles pensées aux vaches, quelle idée, soyons sérieux! Laissons donc Marguerite à son herbage, mais posons-nous tout de même la question: se rendre chaque matin au travail dans un train bondé, ou dans les gaz d’échappement des voitures au pas, est-ce cela une vie trépidante? Nous voilà face à un vrai choix: continuer à nous soumettre à ce rythme effréné de labeur et de stress pour cette liberté illusoire de consommateur ou, sans pour autant se couper des autres, vivre plus simplement, plus localement, en «broutant» les produits de son jardin dans une sorte de semi-confinement assumé?

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