Quelle vertu à la réalité virtuelle?

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Vingt personnes sur leurs sièges à pivot, regards et corps tournés dans la même direction, écoutant les instructions liminaires de la responsable du programme de «projections». Vingt casques intégraux placés sur les yeux et les oreilles, plongeant chacun dans un monde de réalité virtuelle, dont le Festival de Locarno honore cet été les usages multiples et transversaux.


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Vingt personnes sur leurs sièges, mais plus personne ne regarde dans le même sens. Quelques minutes après le début de «l’expérience», relever ses lunettes opaques dévoile un spectacle troublant de visages face à face qui ne se voient pas, de corps figés dans des directions aléatoires, de moues hétéroclites. Dans son casque, chacun découvre le même film au même moment mais personne ne regarde la même chose. L’expérience collective est devenue une paradoxale addition d’immersions individuelles, une somme de visions en vase clos.

«Dans son casque, chacun découvre le même film mais personne ne regarde la même chose»

Émotion vécue en partage, le cinéma ne semble pas soluble dans cette réalité virtuelle là. Mais de quel cinéma parle-t-on? Celui de 2019 n’est déjà plus celui de 1999, dans ses outils de production comme dans ses modes de consommation. Celui de 2039 passera-t-il par un public aux neurotransmetteurs connectés, pour une expérience interactive rendue possible par la miniaturisation des équipements? Allez savoir. Pour l’heure, les œuvres mises en lumière à Locarno (qui rattrape son retard en la matière plutôt qu’il n’innove en pionnier) restent financées par des musées, des théâtres, des institutions publiques – non par des studios de cinéma. Et l’on continue de mieux percevoir l’utilité immédiate de cette technologie dans les domaines interactifs du jeu vidéo, du documentaire pédagogique, des performances érotiques ou des expériences en réseau plutôt que dans des films impliquant une trame narrative précise et une vision de réalisateur, impossible dès lors que le spectateur regarde où il veut.

Mais finalement, dans une société d’écrans où chacun vit les yeux rivés sur son interface entre soi-même et le monde, la réalité n’est-elle pas devenue virtuelle? Face à cet infini numérique, le cinéma reste d’autant plus indispensable qu’il propose des histoires uniques, des visions engagées, des voix affirmées au cœur du brouhaha.

Créé: 14.08.2019, 22h29

François Barras, rubrique Culture

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