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Vieux travers, nouveaux chemins

Par Gregory Wicky, Rubrique Vaud et Régions.

La semaine dernière, plusieurs cantons ont enjoint aux motards de rester chez eux. En gros: évitez de sortir vous viander lamentablement sur le Mollendruz, nos soignants sont trop précieux pour s’occuper de vos fémurs en miettes. Bien. On serait même tenté d’ajouter: et si par la suite l’envie vous prenait de garder cette bonne habitude, n’hésitez pas. Je n’ai rien contre les motards, j’en ai même été un brièvement (après, je me suis viandé lamentablement). Mais, si l’on sait qu’ils trouvent en virée la jouissance du corps et la paix de l’âme, le commun des mortels peine à y voir plus que la conjugaison parachevée d’un boucan d’apocalypse, d’une abondance de gaz d’échappement et d’un péril mortel. La société devrait pouvoir tenir debout sans cette activité essentielle. En d’autres termes: une bonne idée en temps de coronavirus est peut-être une bonne idée tout court.

«Une bonne idée en temps de coronavirus est peut-être une bonne idée tout court»

Tiens, est-ce que ce principe s’appliquerait à d’autres domaines? Cherchons. Les feux qui clignotent en ville, les conducteurs et les piétons qui s’entendent d’un signe de la main pour se laisser passer, c’est pas mal. Le fait qu’on semble attribuer plus de valeur aux choses toutes simples, c’est bien aussi. Est-ce moi, ou est-ce qu’une simple balade en forêt n’avait jamais semblé si formidable? Une heure au soleil avec un bouquin un délice si complet?

Bon, quoi d’autre? Depuis quelques semaines, on aime bien dire que les employés de supermarché ont bien du mérite, quand même. Comme si l’on ne s’était jamais rendu compte qu’ils faisaient un job pas franchement folichon, essentiel pourtant, le tout pour un salaire de misère. (Oui, c’est l’injustice la plus crasse de notre système, tellement omniprésente qu’on préfère oublier sa cruauté: plus votre travail est ingrat, moins on vous paie pour le faire.) Est-ce que cette crise sera l’occasion de remettre des choses à niveau, de redistribuer un peu les cartes? On peut rêver. Parce que c’est bien d’applaudir les soignants tous les soirs, mais un peu plus de considération – salariale notamment – dans le nouveau monde qui point, ce serait encore mieux. Sans quoi ils pourraient bien ne plus du tout avoir envie de s’occuper de fémurs de motards. Et on ne pourrait pas les blâmer.

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