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Plus vite que la mort

La semaine passée, deux événements sans lien apparent portaient une lumière étrange sur notre relation au temps. Le mercredi, Slobodan Praljaka, dernier criminel de guerre à être jugé à La Haye, avalait à la lecture de son verdict une costaude dose de cyanure en plein tribunal, devant les caméras. L’ancien général croate mourait quelques heures plus tard à l’hôpital. Dès que la nouvelle s’est mise à circuler, on a voulu regarder la vidéo. Devant nos écrans, on a hésité à la lancer, notre cœur s’est mis à battre un peu plus vite à l’idée de voir un homme se suicider en direct (ou presque), on a tressailli d’effroi au moment de le voir ouvrir tout rond la bouche, les yeux pleins de panique, balancer la tête en arrière et s’envoyer le contenu de la fiole. Fascination, incroyable de voir ça quand même, historique, on ne l’oubliera pas de sitôt.

Le lendemain, jeudi, le même espace hyperconnecté dans lequel nous évoluons tous peu ou prou recevait une nouvelle visite de l’ange de la mort. Cette fois, il bruissait des nouvelles – anticipées – du trépas de Johnny Hallyday. Le chanteur était en réalité toujours parmi nous et le serait quelques jours encore, mais les réseaux, dans un de ces emballements précoces pas si rares, crépitaient de fake news, de messages d’hommage, de posts déjà empreints d’humour noir. Parmi eux, le tweet d’un blogueur français, spécialiste des médias, agacé par la vague d’émotion naissante: «Quand ça commence à mettre du #JohnnyHallyday dans l’open space», accompagné d’une petite vidéo de Slobodan gobant le poison. Un petit suicide courroucé rendu burlesque par la brièveté du geste, 3 secondes en boucle, marrant, finalement, ce bonhomme rougeaud avec ses gros yeux. On a rigolé, liké, retweeté.

Un jour plus tard, donc. Le même laps de temps qui, dans un passé pas si éloigné, aurait été nécessaire pour que le premier événement atteigne vaguement les consciences, commence à devenir un sujet de conversation ou de réflexion, nous aura donc suffi à l’avaler, le digérer, en faire un GIF rigolo, le recracher. Vertige.

D’ailleurs, ne ressentez-vous pas à la lecture de ces lignes la vague impression que cet événement appartient déjà à un passé lointain? Un léger agacement, même, au rappel de cette vieillerie? Dans le flot d’infos qui nous assaille, peut-être qu’il faudrait qu’on réapprenne à prendre un peu de temps pour ressentir les choses. Bon, à vrai dire, Slobodan, on veut bien l’oublier. Promis Johnny, on fera mieux avec toi.

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