Votez pour moi et je ne siégerai pas

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Un politicien est-il propriétaire d’un vote en sa faveur? Lorsqu’il s’est porté candidat sur une liste, peut-il y renoncer une fois son nom sorti des urnes? La question, morale – puisque le procédé est légal –, se repose cette année encore en territoire vaudois. Olivier Français a d’ores et déjà annoncé que s’il n’était pas élu au Conseil des États le 10 novembre prochain lors du second tour, il renoncerait à son élection au National. Alors qu’il avait terminé en tête de liste PLR au soir du 20 octobre. Ses concurrentes roses-vertes sont d’ailleurs elles aussi doubles candidates. Et rien ne leur interdirait de faire comme l’ingénieur PLR.

Il y a douze ans, on assistait déjà à une curieuse valse parlementaire chez les deux sortants communistes. Marianne Huguenin choisie par les citoyens vaudois cède sa place à son collègue popiste Josef Zisyadis, arrivé 700 voix derrière. Au-delà de la perte de leur second siège, l’affaire avait suscité les sarcasmes de ceux qui y voyaient une «combine» politique. Cette année, ce sont leurs cousins de la gauche radicale d’outre-Versoix qui peaufinent le domino avec une élue qui laisse sa place à son vient-ensuite qui laisse sa place à sa vient-ensuite. De cette fable genevoise, vous lirez ci-dessous une carte blanche de mon collègue Jérôme Cachin qui n’en tire pas la même morale. Cela doit être ça, la diversité de la presse.

J’y ajoute d’autres histoires. À Berne, pourtant élue au National, la conseillère d’État Béatrice Simon (PBD) n’ira pas au Palais fédéral. Qu’aurait-on dit si Jacqueline de Quattro en avait fait de même ici? Il y a quatre ans, le double candidat Vert Luc Recordon échouait à redevenir sénateur et laissait son siège d’élu à la chambre du dessous à une certaine Adèle Thorens. Certains saluèrent cette fois-ci un geste noble et féministe. Un geste qui a posteriori pourrait permettre à la même Adèle Thorens de devenir la première sénatrice Verte du canton de Vaud.

Cette double candidature aux deux chambres n’est pas une spécificité vaudoise. À Zurich (l’UDC Roger Köppel) ou au Tessin (la socialiste Marina Carobbio), cela se fait aussi. Tout comme à Genève avec la Verte Lisa Mazzone, au contraire de son colistier Carlo Sommaruga (PS), atteint par la limitation des mandats au National, ou de son concurrent Hugues Hiltpold (PLR), pour des raisons stratégiques.

Bref, tout ça est bien compliqué et peu transparent. «Tirer la liste» puis renoncer n’a pas de sens à l’heure où nombre d’électeurs décident de rédiger un choix personnel plutôt que de glisser les yeux fermés un bulletin partisan tout fait.

Créé: 01.11.2019, 22h42

Claude Ansermoz, rédacteur en chef

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