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Et vous, vous effaceriez tout?

Gregory Wicky Rubrique Vaud & Régions

Proprios ou locataires, fidèles ou mécréants, vacanciers de la mer ou de la montagne. Le monde, aime-t-on dire en toute circonstance, se divise en deux catégories. Alors, à l’heure du virus et du confinement, quelle dichotomie pour partager les êtres humains? Elle pourrait, il me semble, prendre la forme suivante: s’il existait une fonction «Reset», un bouton magique qu’on pouvait presser pour ne jamais avoir eu à vivre tout ça, ni pandémie, ni confinement, ni rien, il y aurait ceux qui appuieraient et ceux qui n’appuieraient pas. Vous, que faites-vous?

Dans la catégorie de ceux qui pressent, on trouverait les gens frappés par la maladie ou le deuil, celles et ceux qui ont travaillé au front dans des conditions affreuses, ceux encore dont le confinement met en péril la situation financière. Les personnes, aussi, qui trouvaient que le monde d’avant était très bien. Et qu’il faudrait être sacrément névrosé pour ne pas appuyer. Dans le second groupe, pourtant, il y aurait ceux qui trouvent qu’on a appris des choses, qu’on vit un moment historique et que l’événement, si tragique soit-il, présente des occasions nécessaires de changement, tant pour les individus que pour les sociétés. Sondage effectué auprès de mes proches – on ne peut exclure que les névrosés y soient surreprésentés –, la proportion de ceux qui n’appuient pas est assez élevée.

Pour ceux qui pensent que cette crise a son utilité, la phase des grandes théories prend fin ces jours; il va falloir articuler ces espoirs un peu flous avec les mécanismes politiques en place. Une pétition circule par exemple, dont l’intitulé, réclamant «un redémarrage humaniste local et durable», laisse surtout penser que le monde risque de continuer à se diviser en deux vieilles catégories, les rêveurs et les autres. Voire entre la gauche et la droite, ce qui, vous en conviendrez, ne constitue vraiment pas un matériel très exotique pour une chronique.

En fait, la question que pose cette histoire de bouton magique est peut-être la suivante: qu’est-ce que l’humanité peut espérer gagner dans tout ce chaos? «La peste», de Camus, que nous sommes nombreux à avoir lu ou relu ces dernières semaines, offre de belles pistes. Vers la fin du livre, l’auteur dresse pour son héros, Rieux, médecin épuisé après un an de lutte vaine contre l’épidémie, ce constat pas folichon: «Il avait seulement gagné d’avoir connu la peste et de s’en souvenir.» Pas de quoi s’émerveiller. À l’ultime page pourtant, il concède ceci: «On apprend au milieu des fléaux, qu’il y a dans les hommes plus de choses à admirer qu’à mépriser.» Peut-être une belle raison de ne pas appuyer.

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