Vraie forêt, fake news, l’Amazonie tel un brûlot

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Il faut avoir, au moins une fois dans sa vie, la chance de pouvoir marcher dans cette forêt primaire. Découvrir ce qui reste de vierge en Amazonie, c’est s’éloigner du monde pour ressentir ce qu’il devait être à ses origines. Les sons et les odeurs qui restent gravés à vie dans vos tympans, dans vos narines; ce fleuve brun et opaque où sautent des dauphins roses, ces sensations qu’on retrouvera rarement ailleurs d’être soumis à la nature. Pas étonnant que cela soit la patrie de l’ayahuasca, «vin» amer et chamanique de lianes qui vous transporte dans une autre dimension. Cela vaut toutes les réalités virtuelles de l’univers.


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Ce feu qui brûle le poumon de la planète est juste bouleversant. Et les réactions qu’il provoque sont elles aussi hallucinantes: à la fois à la hauteur de ce que cette catastrophe potentielle représente tout en démontrant également l’absolue ambivalence de notre société. À catastrophe réelle, réactions irréelles. Les instagramiens, facebookiens, twitteriens – comme le président français – partagent les clichés sans se soucier si les photos sont véridiques ou datées. Un flou qui permet à un dirigeant élu d’entretenir la théorie du complot et du postcolonialisme européen tout en accusant des organisations non gouvernementales d’avoir bouté le feu pour déstabiliser son action gouvernementale. Ainsi Emmanuel Macron a beau jeu de vouloir enfiler la tenue de ce chevalier blanc qu’il n’est pas. Récemment, un article passionnant du «Monde» montrait comment la France refuse toujours de lâcher certaines de ces dépendances des «Terres australes et antarctiques» ou d’outre-mer – parfois laboratoires nucléaires – qui lui assurent d’importants revenus à hauteur de son rang de deuxième puissance maritime de la planète. Madagascar, par exemple, ne cesse de revendiquer une partie des îles Éparses, dont le sous-sol offshore regorge en plus d’hydrocarbures.

L’Amazonie vaut pourtant mieux que ces polémiques politicardes. Et ces incendies, pour autant qu’on arrive à les maîtriser, auront peut-être au moins le mérite de recentrer les réflexions. Au G7 de Biarritz ou ailleurs. Avant de ne plus pouvoir véritablement respirer, on retient son souffle une nouvelle fois.

Créé: 23.08.2019, 22h07

Claude Ansermoz, Rédacteur en chef

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