Angela Merkel, éloge de la ténacité et de la discrétion

La rédactionMarc Allgöwer évoque la fin de carrière de la chancelière allemande.

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Même si Angela Merkel a pour réputation d’être plutôt retenue, le chiffre a dû lui piquer les yeux. Selon un sondage publié mercredi par le quotidien «Bild», 62,2% des Allemands souhaitent qu’elle quitte son poste au début de l’année prochaine.

Comment? Nos voisins aimeraient donc se débarrasser de «Mutti» plus vite que prévu? Certes, la chancelière avait déjà annoncé qu’elle ne briguerait pas un nouveau mandat à la présidence de son parti lors du congrès de la CDU en décembre prochain. Le signal se voulait clair: elle prépare l’inévitable transition. Cette décision, mûrie en toute discrétion durant l’été, avait pris au dépourvu jusqu’à ses proches.

«Sa discrétion lui a permis de gravir puis de tenir sur les échelons les plus élevés du pouvoir»

«Elle n’avait parlé à personne de ce retrait de la vie politique, pas même à la secrétaire générale du parti», avouait le vice-président de la CDU, Armin Laschet. Mais Angela Merkel avait aussi manifesté sa volonté tenace de rester à la tête du gouvernement jusqu’à la fin de la législature, soit en 2021.

Or donc, si l’on en croit ce sondage, deux tiers des Allemands trouvent cette échéance bien trop lointaine. Et Angela Merkel, hier modèle de stabilité dans un monde mouvant, devient, mois après mois, l’incarnation de la stagnation dans un pays en pleine mutation.

Il faut dire que depuis sa réélection à un quatrième mandat ce printemps, le paysage politique est devenu méconnaissable. La frange bavaroise de son propre parti a mené une guérilla interne sur la question migratoire qui confine à l’automutilation. Ces tensions ont atteint un tel niveau que les habituels désaccords avec le partenaire de coalition social-démocrate sont passés au second plan. Pendant ce temps, l’Alternative pour l’Allemagne a progressé à l’extrême droite, et les Verts à gauche. Hier arbitre du jeu politique, Angela Merkel s’est vue reléguée au rôle de spectatrice.

De «gamine» à «Mère Europe»

Faut-il en conclure qu’elle quittera la chancellerie en janvier? Pour l’heure, elle est probablement la seule à le savoir. Sa discrétion lui a permis de gravir puis de tenir sur les échelons les plus élevés du pouvoir, de gentille «gamine» un peu timide – le mot est celui de son mentor Helmut Kohl – à «Mère Europe». Et sa ténacité lui a assuré une longévité politique exceptionnelle, faisant oublier que ses premiers interlocuteurs sur la scène internationale se nommaient Jacques Chirac, George W. Bush ou Tony Blair.

Discrétion et ténacité. Jeudi, la chancelière en a encore une fois fait la démonstration. Lors du congrès du Parti populaire européen à Helsinki, avant même qu’elle ait pu prononcer le premier mot de son discours, elle a été accueillie par une standing ovation. «Vous ne savez même pas ce que je vais vous dire», a-t-elle souri, toute en retenue. Avant de rappeler l’enjeu des prochaines élections européennes en mai 2019. «Nous savons que le nationalisme débouche tôt ou tard sur la guerre», a-t-elle lancé avec détermination. (24 heures)

Créé: 08.11.2018, 20h09

Marc Allgöwer, chef de la rubrique Monde.

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