Au théâtre ce soir, sur la scène de Saint-Laurent

Carte blancheà Patrick Chuard, rédacteur rubrique Vaud et régions.

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«Il émane de vous un fumet d’immense platitude; cela sent la charentaise, le pot-au-feu, le mégot propre, le gazon coupé, la lavande dans les draps.» J’imagine cette réplique d’Éric-Emmanuel Schmitt («Variations énigmatiques») lancée par Jean Chollet à un certain nombre de pasteurs. L’intéressé ne se permettrait sans doute pas de le faire en vrai. D’ailleurs je ne suis pas certain que cela corresponde à ce qu’il pense. Mais il n’est pas interdit d’imaginer l’homme de théâtre, qui est aussi un pasteur trublion, livrer en scène un florilège de répliques bien senties à l’intention d’une Église réformée vaudoise un peu assoupie. Des répliques ironiques, décoiffantes, sans volonté de nuire mais expurgées de toute fausse gentillesse. À la retraite dans quelques jours, Jean Chollet quittera l’église Saint-Laurent, au centre de Lausanne, où il officie depuis 2011. L’autre pasteur, Daniel Fatzer, ayant été licencié en 2016, il est le dernier ministre officiel de l’endroit, qui avait été déclaré «lieu phare» par l’Église au début de la décennie. Les autorités actuelles de l’Église, sur le départ, ont décidé de ne pas repourvoir de poste à cet endroit et de remettre le destin de «Saint-Laurent Église» (SLE) à la région 4, qui gère le territoire de Lausanne et Epalinges. Il reviendra à celle-ci, désormais, de gérer ce lieu à l’esprit non conformiste et volontiers provocateur. On se souvient des cercueils exposés le Vendredi-Saint, des plaidoiries de Marc Bonnant, des annonces mortuaires de Jésus Christ dans les médias, de l’accueil des migrants, des mendiants, des oubliés, de la grève de la faim (non planifiée) de Daniel Fatzer, des cultes différents, par terre, des bancs relégués à la campagne au grand dam des gestionnaires du patrimoine… La spiritualité de SLE est provocatrice et bouscule les codes. Elle remet tout en question et pique les autorités de l’Église. Les relations avec la région 4 ne sont en outre pas forcément les meilleures. Le Conseil synodal, qui a d’abord approuvé l’expérience, parle aujourd’hui de «patate chaude» et veut fermer la parenthèse avant de s’en aller. Ce qui reviendra, peut-être, à fermer SLE. Fataliste, Jean Chollet pourrait citer Jean Anouilh: «Il faut se laisser gouverner comme on se laisse couper les cheveux: par d’autres, tant bien que mal…» («L’invitation au château»).

SLE attire pourtant des fidèles et peut se targuer d’avoir constitué une petite communauté. Il y avait quarante adultes et neuf enfants au culte dimanche dernier. Pas si mal, dans une Église en crise qui cherche désespérément à faire retrouver à ses fidèles le chemin du temple.

«J’ai de beaux restes? – Très beaux… Dommage qu’il y en ait si peu» (Marcel Achard, «Noix de coco»). Des fidèles de SLE témoignent avoir retrouvé ici une foi et une envie de la célébrer, un espace d’échange pas comme les autres. L’Église avait défini SLE comme un espace d’expérimentation, lorsque Fatzer et Chollet l’ont repris. Curieuse entreprise qui, huit ans plus tard, classe verticalement les découvertes de son service «Recherche et développement», tout en lui coupant ses moyens de subsistance. On pourrait intégrer dans le florilège de répliques ce dialogue de Robert Thomas («Double jeu»): «– L’Évangile dit: «Lorsqu’on te frappe sur une joue, il faut tendre l’autre.» Et vous savez pourquoi? – Non. – Parce que le temps que votre adversaire s’approche pour la deuxième gifle, on peut lui faire un croche-pied!»

Créé: 22.06.2019, 07h56

Patrick Chuard, rédacteur rubrique Vaud et régions.

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