Aux bien nés, la parole sur les violences sexuelles

RéflexionXavier Alonso, correspondant à Paris, observe l'ambiguïté de la société française face au harcèlement sexuel.

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Au dernier épisode de l’altercation entre Sandrine Rousseau et Christine Angot, la secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes Marlène Schiappa adresse un signalement au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). L’instance de contrôle a sans doute quelque chose à notifier sur cet événement survenu samedi dernier lors du talk-show phare du service public français, mais il ne dit rien de la relation ambiguë qu’entretient la société française face aux agressions sexuelles, au harcèlement et à cet a priori que la femme est toujours bien disposée à la drague. Soit un reliquat de l’ancestral droit de cuissage. Et en corollaire, le sentiment tenace que certaines douleurs ont plus de valeur que d’autres. De la même manière que certaines paroles ont plus d’importance que d’autres.

Ainsi samedi dernier, l’ex-députée écologiste Sandrine Rousseau, venue présenter son livre témoignage Parler où elle évoque son agression sexuelle, est violemment prise à partie par Christine Angot. L’auteur de L’inceste, désormais aussi chroniqueuse, entre dans une colère noire. Clash et larmes jetés en pâture sur le petit écran. Dès le lendemain de l’enregistrement de l’émission, le buzz est organisé pour faire monter la tension et donner à voir la détresse de deux femmes face à leur peine.

Sur l’événement lui-même, le téléspectateur serait mal inspiré de choisir entre les larmes de Sandrine Rousseau et la colère froide de Christine Angot. L’erreur serait de hiérarchiser les souffrances. Mais c’est pourtant ce qui arrive dans les nombreuses réactions autour de la séquence qui rappellent, par exemple, que la politicienne n’a été en quelque sorte que «pelotée» alors que l’écrivaine est, elle, une victime d’un viol. Question outrances, il y aurait victime et victime.

Durant l’émission, la réaction de Yann Moix, l’autre chroniqueur écrivain, est révélatrice. Il reproche à Sandrine Rousseau de «tenir un discours» plutôt que de raconter son histoire. Et pourtant le livre de l’ex-députée écolo s’intitule Parler et veut donner aux femmes «des outils pour se faire entendre». Mais à sa manière intellectualisante, et tout à fait efficace, Yann Moix dénie toute légitimité à la parole de Sandrine Rousseau. Il y a, dans la caste médiatique, un magistère de la parole auquel le quidam ne peut prétendre.

Car c’est bien l’un des reproches sous-jacents à l’altercation. Qui est cette Sandrine Rousseau qui prétend témoigner avec sa demi-agression sexuelle? Qui est ce quart de star politique qui vient nous ennuyer avec ce troussage de domestique dont elle a été l’objet? Qui est cette même pas auteure qui écrit sans prétention une souffrance non pas pour faire «œuvre» mais pour aider les autres?

Sandrine Rousseau n’a pas l’autorité, elle n’a pas le privilège d’intégrer le cercle des gens qui comptent. Son histoire n’est que trop banale dans un pays qui préfère les scandales retentissants aux blessures ordinaires. Comme si une agression sexuelle était moins violente si la victime n’appartient pas au cercle des bien nés. Qu’ils le soient par leur fortune, leur filiation ou leur talent reconnu. (24 heures)

Créé: 06.10.2017, 11h57

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