Chez nous, les pauvres se cachent pour vivre
L'invitéRené Knüsel rappelle qu'en Suisse, des centaines de milliers de personnes n'ont pas le sou.
Qu’il est difficile de vivre pauvre dans une société riche comme la Suisse. Nombreux sont les habitants confrontés à ce dilemme, particulièrement douloureux lors des fêtes de fin d’année.
Notre pays compte ainsi des centaines de milliers de pauvres. Les chiffres de l’Office fédéral de la statistique (OFS) le disent clairement, quelque 600'000 habitants souffrent de ce problème en Suisse.
Mais les personnes ayant de faibles revenus sont peu visibles dans nos rues. Certes, certains quartiers ou certaines villes ont la réputation d’héberger un nombre plus que proportionnel de ménages à faible budget. Malgré tout, ces habitants, vivant en marge, sont discrets sur leur état.
«Le pire est sans doute l’humiliation de ne pouvoir avouer sa situation»
Une récente décision du Tribunal fédéral a encore contribué à faire disparaître la face la plus visible de la marge de notre société. En confirmant le bien-fondé de l’interdiction de la mendicité, la plus haute instance juridique du pays a fait s’éclipser des carrefours lausannois ceux qui ont gêné tant de passants.
Le face-à-face avec la pauvreté, figurée ou non par le mendiant, renvoie à la réalité du quotidien vécu par quelques-uns de nos voisins ou des passants croisés dans la rue. Comme d’autres problèmes lancinants, nous préférons les faire disparaître de notre regard.
Les mendiants dans la rue nous rappelaient journellement qu’une partie de notre population doit composer avec la misère, peu importe qu’un nombre conséquent d’entre eux soient d’origine étrangère. Dissimulée à nos yeux, la pauvreté disparaît aussi des préoccupations publiques. Les gens concernés sont absents des priorités sociales et politiques. Peu importe qu’une pauvreté rampante se love derrière une banale porte d’appartement, qu’elle filtre au travers du vêtement ajouré ou trop ample d’un enfant.
Comment peut-on être pauvre?
Les pauvres n’ont pas voix au chapitre. Au cœur de notre prospérité, il est honteux de ne pas avoir les moyens de vivre dignement. Être pauvre fait même naître le soupçon chez les bien-pensants: suspicion de fainéantise, de tricherie. Comment peut-on être pauvre en Suisse, alors que les places de travail ne manquent pas, que des aides sociales existent?
Alors oui, en Suisse mieux vaut ne pas montrer que tu n’as pas le sou, au risque de multiplier les peines. Aux privations matérielles s’ajoutent celles de lien social, de proximité, de partage de réjouissances communes. Mais le pire est sans doute l’humiliation de ne pouvoir avouer sa situation, de devoir construire des stratégies de dissimulation.
Des organisations luttent en particulier pour soutenir les familles à vivre la pauvreté dans la dignité et éviter que ne se vérifie la citation du politologue américain Michael Harrington: «Être pauvre c’est être étranger dans son propre pays, c’est participer d’une culture radicalement différente de celle qui domine la société normale.»
Créé: 10.12.2018, 16h42
René Knüsel, politologue.
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