Corriger les inégalités là où elles se cachent!

L'invitéeBastienne Joerchel se penche sur des situations concrètes dans lesquelles des femmes sont lésées.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Les inégalités entre les hommes et les femmes se cachent le plus souvent de manière insidieuse et persistante dans les méandres des lois et des règlements, mais aussi dans les comportements. Au CSP Vaud, nous sommes en première ligne pour le vérifier chaque jour dans nos consultations sociales et juridiques.

Nos juristes, au fil des expériences de ces dernières années, constatent qu’en cas de divorce, les récentes avancées en droit de la famille ne compensent, par exemple, que partiellement et sélectivement les charges pesant sur les femmes. Le calcul des pensions alimentaires va faire peser une plus grande charge financière sur les femmes dès lors qu’elles ont un revenu moyen à supérieur, puisque l’ex-mari, même en ayant un revenu très confortable, ne devra contribuer qu’aux coûts directs liés à l’enfant.

On le sait, à l’heure de la retraite, les conséquences des salaires plus bas et du temps partiel (moindres cotisations) prétéritent nettement les femmes, notamment en matière de deuxième pilier, où moins des deux tiers d’entre elles touchent une rente.

Les inégalités en lien avec les possibilités d’assainissement financier en cas de surendettement sont moins connues. Les personnes qui nous consultent n’ont souvent pas les moyens financiers permettant d’envisager un remboursement de leurs dettes. Dans la pratique, force est de constater que pour les femmes, cette perspective est encore plus éloignée du fait d’un revenu effectif moindre.

«Sans rien du jour au lendemain, malades et sans protection, après avoir été exploitées»

La palme des inégalités reste néanmoins attribuée aux femmes migrantes précaires. Celles qui sont dépourvues de statut légal et de protections dans le droit du travail en pâtissent particulièrement, en toute invisibilité. Nous rencontrons dans nos consultations beaucoup de femmes qui cumulent les travaux domestiques pour de multiples employeurs et qui peuvent se retrouver sans rien du jour au lendemain, malades et sans protection, après avoir été exploitées pendant de nombreuses années.

Pour pouvoir espérer rester en Suisse, les femmes victimes de violences conjugales qui souhaitent se séparer de leur mari doivent, elles, prouver l’intensité et la répétition de la violence subie, ce qui s’avère difficile dans la pratique actuelle de l’administration. De plus, la Suisse n’accorde pas la même protection à toutes les femmes, discriminant les plus précaires d’entre elles.

Le manque de considération et le traitement réservés à certaines victimes constituent des formes de violence, d’un tout autre ordre, qui s’exercent alors sur ces femmes déjà en souffrance. Elles doivent subir des questionnements inquisiteurs de la part d’agents de l’État, que cela soit au moment de demander une séparation ou de témoigner de violences conjugales subies.

Au-delà du 14 juin, il s’agit donc, pour toutes les instances publiques et privées, de continuer à se mobiliser pour parvenir à une réelle égalité pour toutes les femmes.

Créé: 12.06.2019, 06h58

Bastienne Joerchel, directrice du CSP Vaud.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.