Écoutons la Méditerranée

Carte blancheà Vincent Baudriller, directeur du Théâtre de Vidy.

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Fin septembre, plusieurs parlementaires ont interpellé le Conseil fédéral pour proposer le pavillon suisse à l’Aquarius, le bateau de SOS Méditerranée, afin qu’il puisse poursuivre sa mission humanitaire (il a déjà sauvé près de 30'000 personnes). Cette juste initiative peut aussi avoir l’utilité symbolique de rapprocher la Suisse de ce qui se joue à quelques centaines de kilomètres seulement de ses frontières.

À l’abri de nos hautes montagnes et de notre large lac, cette mer et les drames qui s’y déroulent chaque jour peuvent sembler lointains et il est tentant de laisser se débrouiller les pays méditerranéens de l’Union européenne (qui, elle aussi, a bien des difficultés à affronter dignement cette crise). D’ailleurs, la Suisse n’accueille qu’un très petit nombre de personnes réfugiées, malgré sa bonne situation économique et sa responsabilité, comme les autres pays occidentaux, dans les dérèglements économiques et climatiques qui poussent des enfants, des femmes et des hommes du Sud à traverser cette mer au péril de leur vie.

«Lire, écouter, regarder les œuvres des artistes méditerranéens est une expérience d’ouverture nécessaire pour se souvenir que cette mer, devenue un trou noir de notre époque, est le creuset de notre culture»

La Méditerranée n’est pas seulement très proche, elle a aussi toujours largement contribué à l’identité culturelle de notre région. Depuis des millénaires, des femmes et des hommes circulent à travers cette mer et sur les nombreux fleuves qui la rejoignent. Il y a deux mille ans, la plaine de Vidy était une cité romaine, Lousonna, avec son port et son théâtre. Aujourd’hui, lors des week-ends ensoleillés, sa plage devient un lieu festif et familial où se retrouvent des Lausannoises et Lausannois de toutes les origines, souvent méditerranéennes.

Un dialogue indispensable

Le dialogue entre les cultures des différentes rives du bassin méditerranéen est indispensable pour résister aux populismes qui militent pour la fermeture de nos frontières.

Un des intellectuels qui réfléchissent aux relations culturelles entre ces régions, dans leurs dimensions historiques, politiques, culturelles et religieuses, est l’écrivain algérien Kamel Daoud. Il est notamment l’auteur de «Meursault, contre-enquête», une passionnante réponse littéraire à Albert Camus, donnant la parole au frère imaginaire de «l’Arabe» anonyme tué dans «L’étranger». Il sera à Lausanne et à Montricher en novembre pour parler de ses derniers livres.

Dans le même mois, la chorégraphe algérienne Nacera Belaza présentera à Vidy «Le cercle», une danse pleine de force et de spiritualité. Elle avait impressionné la saison dernière avec sa précédente pièce présentée dans le cadre de Lausanne Méditerranées, une initiative de la Ville de Lausanne pour aller à la rencontre chaque année d’une région ou d’un pays méditerranéen.

Le tour de la Grèce

Après le Maghreb l’an passé, le pays mis à l’honneur, du 8 au 13 octobre prochain, est la Grèce, un pays aujourd’hui aux avant-postes de l’accueil de populations en fuite. Parmi les spectacles et films présentés, «Clean City», une pièce de théâtre documentaire qui témoigne avec ironie de la vie de femmes de ménage issues de la migration à Athènes.

Lire, écouter, regarder les œuvres des artistes méditerranéens est une expérience d’ouverture nécessaire pour se rappeler que cette mer, devenue un trou noir de notre époque, est le creuset de notre culture et un miroir de notre avenir.

Comme l’évoque le nom de l’association de l’Aquarius: Méditerranée «Save Our Soul». (24 heures)

Créé: 05.10.2018, 18h22

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