En Suisse, plus d’un assuré sur cinq ne se soigne pas à cause des coûts

L’invitéRené Knüsel revient sur des chiffres et des comparaisons internationales peu favorables à notre système de santé.

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Le fait était connu en Suisse romande suite à des recherches menées à Lausanne et à Genève: les besoins en soins non satisfaits concernent un nombre conséquent de personnes, pourtant assurées. Une enquête internationale montre en effet que près de 23% des Suisses renoncent à des soins en raison de leurs coûts.

L’Office fédéral de la santé publique publiait en 2016 cette information qui montre une fois encore les incohérences auxquelles ont conduit les décisions successives prises dans ce domaine, tentant un compromis entre des tendances contradictoires. Pourtant l’effort financier demandé à chacun est conséquent. Il l’est d’autant plus pour les familles de moyen à faible revenu.

La contribution obligatoire au financement augmente chaque année de façon importante, au point qu’un ménage sur 3 ou 4 doit être soutenu par un subside étatique. Il s’agit d’un impôt sur la pauvreté, pour reprendre l’expression d’André Gavillet.

Mais il y a plus grave, puisque malgré un coût d’entrée élevé, l’accès aux soins se restreint d’année en année pour une part croissante de la population. Plus d’un habitant sur 5 a été contraint de renoncer à des soins en 2016. L’OCDE, dans son étude comparative, montre que seuls les États-Unis et la Pologne font moins bien que la Suisse.

Comment expliquer ce paradoxe? La Suisse dépense plus de 11% de son PIB pour la santé. Elle est un, sinon le pays dans lequel la part directement assumée par les ménages est la plus conséquente.

Cotisations per capita, quote-part, franchise, liste de prestations prises en charge par l’assurance de base limitée sont quelques-unes des spécificités qui expliquent ce problème. Ainsi, le paiement de cotisations, même élevées, ne donne pas ipso facto accès aux soins, puisque l’utilisateur est contraint d’assumer lui-même une partie de la facture.

Pour limiter l’augmentation des coûts de la santé, les mesures ont d’abord ciblé le consommateur, suspecté de courir chez le médecin pour un rien. Le résultat est qu’une partie des assurés n’est plus en mesure de se faire soigner, alors même qu’elle contribue fortement au financement du système.

L’OFSP relève que ce sont d’abord les personnes de moins de 50 ans et celles au revenu modeste qui sont concernées.

Pour le dire différemment, notre système est devenu un luxe pour des cotisants qui ne peuvent être soignés. Ce système réalise le paradoxe d’être un des plus dispendieux des pays développés, d’être sophistiqué, mais d’être hors de portée d’une part croissante de ses participants. C’est en effet, une autre information fournie par l’OFSP: la population contrainte de renoncer aux soins a plus que doublé depuis 2010. Ces faits devraient hautement préoccuper les responsables politiques et sociaux. (24 heures)

Créé: 13.11.2017, 15h18

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