L’État n’a pas à s’ériger en tuteur de nos désirs

L'invitéEnzo Santacroce questionne l'équilibre entre intérêt collectif et liberté individuelle.

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Le mouvement des «gilets jaunes» en France est intéressant à plus d’un titre, et ce phénomène quasi insurrectionnel ne saurait être réduit à la seule explication de la montée du populisme face aux élites.

En réponse à la question lancée par M. Christophe Reymond dans sa Réflexion («24 heures» du 15 janvier), il me semble que le malaise social qui secoue notre voisin n’est pas réellement une question de mépris de la part des technocrates s’exprimant à l’encontre de la souveraineté populaire. Je pense, au contraire, que les édiles français comprennent la revendication des protestataires mais ne savent pas comment y répondre idéologiquement.

D’ailleurs, que signifie l’expression de souveraineté populaire? Assurément, elle porte à confusion. Le mouvement 5S (Cinque Stelle) en Italie en est la preuve lorsqu’il soutient la vague contestataire des «gilets jaunes», via la plateforme internet Rousseau, en invitant les internautes à s’exprimer en vue d’élaborer des lois ou de choisir le nom des candidats en cas d’élections.

Ce qui est inquiétant, ce n’est pas tant le supposé mépris des élites, mais la méconnaissance des idées de Rousseau lui-même, car en y regardant de près, on se rend compte que ce sont bien les idées du philosophe suisse (1712-1778) que les «gilets jaunes» combattent en demandant de pouvoir vivre des fruits de leur travail: «Tous les services qu’un citoyen peut rendre à l’État, il les lui doit sitôt que le souverain les demande.» À la lumière de cette citation, il apparaît évident que les manifestants en France, depuis novembre dernier, ne veulent plus rendre le service de payer des taxes confisquant une part de leur liberté.

Les «gilets jaunes» remettent donc en question le modèle républicain qui stipule que l’État doit garantir le bonheur public. Ce que ces derniers réclament, à mon sens, c’est la chute de l’État-providence et l’avènement de l’État-partenaire, qui garantit à chacun de vivre de son travail en valorisant les intérêts particuliers.

Aussi, la revendication d’un pouvoir d’achat digne est légitime en ce sens qu’il est une modalité de la liberté individuelle qui offre aux citoyens et aux citoyennes le loisir de s’occuper de leur sphère privée, de leur bonheur. Politiquement, cela signifie plus de liberté et moins d’obéissance à un pouvoir étatique oppressant.

Ce qu’il faudrait avoir le courage d’admettre, c’est que le bien collectif, lorsqu’il exige le sacrifice de la liberté individuelle à la volonté générale, devient opprimant dans la mesure où il prétend l’emporter sur le bien des individus. Dans ce contexte agité, il y a lieu de se rappeler les mots de Benjamin Constant: «Que l’autorité se borne à être juste, nous nous chargerons d’être heureux.»

Selon le principe de liberté individuelle, héritage des Lumières, l’État n’est donc pas appelé à s’ériger en tuteur des désirs des particuliers, du moment que le bonheur est un droit personnel.

Créé: 04.02.2019, 06h48

Enzo Santacroce, enseignant et président du PLR d’Épalinges.

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