L’acte manqué de Doris Leuthard envers les médias

L'invitéeChristine Gabella commente le projet de loi fédérale sur les médias électroniques.

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Le projet de loi fédérale sur les médias électroniques (LME) est un acte manqué. Doris Leuthard avait annoncé un cadre adapté à son époque. À la place, le texte proposé par l’Office fédéral de la communication cimente une conception déjà dépassée du paysage médiatique. Internet a brouillé les frontières entre producteurs de contenus d’information, mais la LME n’en tient pas compte.

Pis, elle accentue des biais de financement de moins en moins compréhensibles: pas un centime d’argent public ne sera par exemple accordé à l’offre textuelle. Il n’y a en effet pas de base légale dans la Constitution fédérale pour le soutien à la presse. Impossible donc d’imaginer une loi innovante face aux défis que doivent relever les médias. Impossible aussi pour les éditeurs d’être associés équitablement à la discussion sur le financement du service public. Or, cette discussion, ils la souhaitent, car l’avenir de tous les médias passe désormais par une réflexion sur de nouveaux modèles économiques.

«Trois millions et demi de personnes lisent chaque jour un journal»

Le seul mérite de ce projet de loi est d’obliger ceux qui le critiquent à faire des propositions. Celle des associations d’éditeurs ne suscite pas l’enthousiasme des apôtres de l’innovation, mais elle a le mérite d’être pragmatique et, surtout, de donner des moyens à la presse pour penser la transformation. Il s’agit d’élargir l’aide à la distribution postale par un financement pris sur le surplus de la redevance.

La Confédération consacre chaque année 30 millions pour faire baisser la facture postale des titres de moins de 40'000 exemplaires. En Suisse romande, presque tous les journaux en bénéficient. Mais cette somme ne suffit plus pour le maintien de l’offre existante aux mêmes conditions. Une partie de la redevance pourrait donc être accordée à la presse, sans voir diminuer pour autant les montants prévus pour la SSR et les radios et TV locales.

Le papier, une valeur sûre

Bien sûr que l’avenir des médias est digital, mais le papier reste une valeur sûre. Non seulement 3 millions et demi de personnes lisent chaque jour un journal pour s’informer et se forger une opinion. C’est aussi sur le papier que les éditeurs réalisent encore 80% de leurs recettes. Et nul ne peut dire aujourd’hui quand et dans quelle proportion se fera la migration vers les supports numériques. Cette solution s’inscrit donc dans l’accompagnement de cette mutation.

Une autre voie pourrait se dessiner à l’occasion des débats sur cette LME si critiquée. Pourquoi ne pas mener une vraie discussion de fond et revoir la Constitution? Le texte de loi qui en résulterait serait certainement davantage conforme à la volonté politique de soutenir les médias suisses face à une forte concurrence internationale. Cette piste est sans doute meilleure, mais elle va prendre du temps. Et, d’ici là, la situation de la presse va continuer à se fragiliser.

Ne pourrait-on pas imaginer un mécanisme de soutien transitoire, par exemple par une révision de la loi fédérale sur la radio et la télévision? Des médias mis sur un pied d’égalité par le régulateur pourraient ainsi enfin lancer un débat constructif et visionnaire. (24 heures)

Créé: 30.09.2018, 19h28

Christine Gabella, secrétaire générale de Médias Suisses, association des médias privés romands.

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