La «bande d’enfants gâtés» jette ses trottinettes

La rédactionVirginie Lenk revient sur les joies et dangers des transports écologiques.

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«Dis maman, pourquoi les gens jettent leurs trottinettes partout?» En week-end à Paris avec mes enfants, j’ai succombé à la tentation de leur faire découvrir les bords romantiques de la Seine. Avant, on y croisait surtout des amoureux sur les bancs et des clochards sous les ponts. Aujourd’hui, on se croirait davantage à une opération «Léman propre», sauf qu’ici, pas de caddies ou de vélos crevés mais des trottinettes électriques, par dizaines. Désarticulées, recouvertes de boue, repêchées des eaux où elles ont été balancées par un touriste en mal de batterie, entassées contre les murs, en attente d’une éventuelle recharge ou d’un débranchement définitif, scellant leur triste sort d’objet futile de consommation.

Madame la maire de Paris a été séduite par le concept écolo-adulescent des fabricants californiens Lime, Bird, Wing et consorts, dont les noms sonnent comme une invitation à s’envoler, le pas flottant et la cuisse ferme, au-dessus des pavés du quotidien.

Un an plus tard, l’idée ne plaît plus à tout le monde et il suffit de se faufiler entre les 15'000 engins qui envahissent les trottoirs parisiens pour s’en rendre compte. Disons-le «suissement», ça fait désordre. Ajoutez à cela une législation lacunaire sur leur mode d’emploi, un total irrespect du Code de la route (comme sur les mobylettes en Asie, plus on est nombreux, plus c’est convivial), des accidents à la chaîne et des cas juridiques kafkaïens. Citons l’exemple abracadabrant de cette dame lâchée par son assurance, qui a dû payer de sa poche plus de 10'000 euros à une victime renversée.

Rue de Rivoli, ma modeste personne évite de peu la collision avec un chauffard trottinant entre piste cyclable et trottoirs bondés. Il me gratifie d’un regard condescendant, le même qu’il réserve sans doute aux milliers de petites mains qui, pour un salaire de misère, arpentent jour et nuit sa ville, relevant, réparant, rechargeant les trottinettes afin de lui assurer un mode de déplacement conforme à son latte macchiato.

En été 2018, San Francisco a mis un terme au développement anarchique de la trottinette, viré la plupart des start-up, qualifiant leurs dirigeants de «bande d’enfants gâtés». Paris se réveille à son tour, instaure une charte de bonne conduite, menace de tout abandonner. On semble toucher au bout de l’exercice, et alors que j’observe un vieux monsieur tremblotant et sans casque remonter l’avenue des Champs-Élysées entre les voitures sur un de ces objets de la mort, je me demande: avons-nous absolument besoin, dans une capitale qui déborde au niveau de l’offre des transports, de nous déplacer dans la seconde où nous l’avons décidé, un smartphone dans une main et dans l’autre un jouet initialement conçu pour des êtres de petite taille moins prompts à se casser le col du fémur?

Les miens d’enfants ont voulu l’essayer, la trottinette parisienne. Mais il faut être majeur. Ils ont trouvé ça nul et on a commandé un Uber. (24 heures)

Créé: 17.05.2019, 06h45

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Virginie Lenk, journaliste rubrique Monde

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