La trêve des confiseurs n’est-elle plus qu’une illusion?

L’invitéÉric Davalle regrette qu'il n'y ait plus de répit dans la vie politique, sociale et économique en fin d'année.

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Introduite par la presse satirique du XIXe siècle, la dénomination «trêve des confiseurs» semblait vouloir marquer une pause, une forme de répit dans la vie politique et sociale des pays en fin d’année. Pour chacun de nous, c’est surtout un moment privilégié de se retrouver en famille, de fêter Noël, d’échanger des cadeaux et de partager des friandises. Le temps semble pouvoir s’arrêter un peu. Sous saint Louis, on parlait de «trêve de Dieu», période de pause entre les belligérants de l’époque. À la lumière du spectacle que le monde nous propose, on pourrait se demander si la trêve des confiseurs n’est pas devenue qu’une piètre illusion.

Certes, les États-Unis ont attendu le 2 janvier 2020 pour abattre un des principaux dirigeants iraniens. Donald Trump a ainsi pris le risque d’une escalade vers un conflit armé au Moyen-Orient. La pause de fin d’année n’aura pas été pour lui de très bon conseil! La grève sans fin des transports en France a été partiellement suspendue. Pour autant, rien n’est réglé dans un conflit social que personne ne comprend vraiment. Pas sûr que la trêve des confiseurs ait suffisamment adouci les esprits pour trouver un compromis de sortie de crise. Carlos Ghosn, quant à lui, a choisi cette période bénie pour fuir comme un voleur les sushis pour la pâtisserie orientale. Il donne ainsi l’image ternie d’un dirigeant pourtant respecté et montré en exemple dans les écoles de management, à son arrogance près!

«L’absurde raison du plus fort reste la meilleure»

Pendant ce temps, les feux de forêt en Australie continuaient de plus belle, sans pause ni lueur d’espoir de fin. Le spectre du réchauffement climatique se généralise partout et inéluctablement. De son côté, la Chine enfonçait le clou d’une réduction sévère des relations commerciales internationales avec la nationalisation de tout ce qui touche la haute technologie. La nature et certains dirigeants ne semblent plus être sensibles à notre bénie trêve des confiseurs. Si on revient à saint Louis, brandir l’excommunication était suffisant pour espérer avoir une vraie trêve contre la brutalité. Aujourd’hui, plus rien ne semble effrayé, ni personne. Le Brexit en est un bel exemple.

Guerre, nature à la dérive, remise en cause de la mondialisation et fin des échanges entre peuples, est-ce cela que nous voulons? Est-on allé trop loin et partout? Probablement. Le constat est clair. On assiste à un repli sur soi des États, à la montée des extrêmes avec leurs conséquences bien connues et à une escalade de la violence naturelle et humaine pour chaque revendication fondée ou pas. Le monde dans son entier ne tourne plus rond. Notre environnement perd ses équilibres. Les hommes abandonnent le bon sens et l’absurde raison du plus fort reste la meilleure.

Chacun rêve pourtant d’une vraie «trêve des confiseurs», sans violence ni excès afin de montrer que le vivre ensemble reste encore possible. C’est vrai qu’avec bientôt 8 milliards d’individus sur Terre, l’illusion d’une possible fraternité reste une chimère qu’il va bien falloir pourtant assumer au risque de provoquer notre chaos.

Créé: 16.01.2020, 06h39

Dr Éric Davalle, directeur ExMDI, chargé de cours en économie hydraulique EPFL.

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