Le blocage des ponts est à la fois illégal et légitime

L'invitéGuy Dottrens soutient qu'il est des situations où la légalité ne peut plus être la valeur de référence absolue.

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Plusieurs membres des Grands-parents pour le climat ont rejoint les militants d’Extinction-Rébellion sur le pont Chauderon, lundi 15 avril à 8 heures, et le Grand-Pont, jeudi 18 avril à 12 h 15. Avec respectivement 200 et 350 personnes, ces deux actions résolument non violentes ont bloqué la circulation pendant une heure à chaque fois!

Du petit-déjeuner dansant sur le pont Chauderon au pique-nique ensoleillé sur le Grand-Pont, ces deux manifestations ont été parfaitement organisées. L’état d’esprit était aussi déterminé que tranquille. L’ambiance se partageait entre colère et convivialité: d’un côté l’expression d’un ras-le-bol face aux lenteurs politiques devant l’urgence climatique et, de l’autre, le plaisir d’être là ensemble pour une cause commune: échanges, rencontres, musique, jeux, corde à sauter, etc.

Dans ces deux cas de blocage, l’attitude de la police a été d’une remarquable réserve, expliquant notamment ce choix par le respect du principe de proportionnalité, à savoir, si j’ai bien compris: la nature non violente de ces actions civiques (aucune déprédation, aucune harangue violente, aucune recherche de confrontation) ne justifiait une évacuation des ponts par la force.

À cela s’ajoute le fait que ces actions ont été rendues publiques plusieurs jours à l’avance, permettant à chacun de s’adapter aux perturbations annoncées. Il est connu par ailleurs que les interventions musclées de la police contre des manifestants restant non violents jusqu’au bout ternissent le plus souvent l’image des forces de l’ordre plutôt que celle des citoyens engagés.

Reste que ces blocages ont été des actions dérangeantes et illégales. Dès lors sont-elles propres à faire avancer la cause de la planète? À chacun sa réponse. Pour ma part je les considère comme illégales et néanmoins légitimes, voire indispensables. Il est en effet des situations où la légalité ne peut plus être la valeur de référence absolue.

Lorsque le parlement suisse refuse d’organiser une session extraordinaire consacrée au climat, il le fait de manière tout à fait légale. Est-ce pour autant légitime? L’extinction des espèces, les déforestations dévastatrices, la production suicidaire de CO2 se font le plus souvent dans le plus parfait respect de la légalité. Sauf que dans la situation actuelle, c’est dangereusement illégitime et cela doit être dénoncé, y compris par des actions fortes.

Quant au dérangement, bien réel, provoqué par ce type d’action, j’en fais aussi une question de proportionnalité. Et je me pose la question: si ce genre de désagrément, léger et passager, nous offusque, qu’en sera-t-il des perturbations dramatiques liées au réchauffement climatique? (24 heures)

Créé: 17.05.2019, 06h43

Guy Dottrens, président de Grands-parents pour le climat Lausanne et environs.

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