Le chemin vers la sagesse s’ouvrira-t-il en Espagne?

L'invitéJoan Costa aimerait croire à une relance du dialogue dans le dossier catalan.

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Le premier ministre espagnol Mariano Rajoy, du Parti populaire, éclaboussé par l’affaire Gürtel, est sorti par la petite porte, vigoureusement poussé par le fringant socialiste Pedro Sanchez, appuyé par les forces de gauche et les partis nationalistes et indépendantistes basques et catalans.

Le bilan des sept années de pouvoir de M. Rajoy n’est guère reluisant, ni du point de vue économique, ni du point de vue politique, ni du point de vue de l’image de l’Espagne. En effet, malgré la sortie de la crise et l’amélioration de l’économie qui prévoit un taux de croissance de 2,7% pour 2018, l’Espagne garde le deuxième taux de chômage le plus important en Europe, après la Grèce, avec 16,5%, (32% pour les jeunes de moins de 25 ans) et une dette publique qui se situe aux alentours de 98,3% de son PIB.

«Un acte de violence ne conduit jamais à la résolution d’un conflit. Au contraire il l’attise, fige les positions, irrite, détruit et laisse des traces le plus souvent sur plusieurs générations»

Du point de vue politique, le tableau s’obscurcit encore de façon inquiétante. La gestion de la crise catalane par le gouvernement Rajoy a montré des failles démocratiques sans précédent dans un pays d’Europe occidentale. Son manque de dialogue et son entêtement à ne pas entendre les revendications de la classe politique catalane ont progressivement précipité les deux parties vers ce qui apparaît aujourd’hui comme un irrémédiable point de non-retour.

Les images du 1er octobre 2017, montrant les assauts violents de la police espagnole contre les votants arborant une attitude pacifique et de protection des urnes, ont fait le tour du monde. L’histoire, comme la mémoire des hommes, nous enseignent pourtant qu’un acte de violence ne conduit jamais à la résolution d’un conflit. Au contraire il l’attise, fige les positions, irrite, détruit et laisse des traces le plus souvent sur plusieurs générations. Certains politiciens s’essaient à utiliser le terme de victimisation, et sciemment poussent le déni et la déshumanisation jusqu’à banaliser la souffrance physique et morale.

De la négociation à la répression

M. Rajoy et son gouvernement, irascibles dans leur volonté de ne rien négocier et assistant à la mise en place d’un processus menant vers l’indépendance, par le biais d’un référendum, ont choisi l’option de quitter la scène de la négociation politique pour placer le conflit sur celle du judiciaire et de la répression, sans scrupule aucun de mettre en péril la séparation des pouvoirs.

La déclaration d’indépendance de la Catalogne au parlement autonome a été le point de départ d’un dérapage autoritaire: arrestations, restrictions de la liberté d’expression et mise sous tutelle du gouvernement catalan causant bien des dommages à ses institutions. Les demandes d’extradition à l’encontre du président Puigdemont et de ses conseillers exilés se sont vues jusqu’ici rejetées par plusieurs pays d’Europe, dévoilant au grand jour l’inadéquation de la justice espagnole et de ses lois désuètes, issues d’un passé peu glorieux.

M. Rajoy a écrit une page sombre de l’histoire de son pays et son départ est une délivrance pour beaucoup d’Espagnols. M. Sanchez a promis de rencontrer son homologue catalan, M. Quim Torra, et il reste à espérer que cette relance de dialogue permette la tenue de vraies négociations et ouvre ainsi le chemin vers le retour à la sagesse démocratique.

Créé: 20.06.2018, 21h37

Joan Costa, psychologue.

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