Le château d’Hauteville pillé une seconde fois

L'invitéBruno Corthésy, historien de l’art, s'indigne de l'attitude des services de l'Etat dans cette affaire.

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Juste après le Département des travaux publics du canton de Vaud, le Département de la culture édite une nouvelle revue consacrée au patrimoine historique. Leurs titres, Patrimonial pour la première et Patrimoines pour la seconde, peuvent susciter certes quelque confusion, mais réjouissons-nous malgré tout de leur existence.

Parachuté responsable du Service des monuments et sites après d’obscurs marchandages, Pascal Broulis a voulu un magazine séduisant consacré aux châteaux vaudois, suspendant par la même occasion la rédaction des Monuments d’art et d’histoire, recherche fondamentale jugée trop austère. Anne-Catherine Lyon se limite à un seul château, celui d’Hauteville. Ne voyons pas non plus dans cette parenté des sujets l’effet d’une compétition stérile.

Ce qu’il y a de révoltant, voire d’insultant, c’est qu’à travers cette publication le Service des affaires culturelles a l’outrecuidance de se faire passer pour le sauveur des collections du château d’Hauteville. Bien au contraire, celles-ci n’ont pu être arrachées du naufrage qu’en raison de l’activisme d’un groupe d’historiens et d’historiennes indépendants. Pendant des mois, ce groupe, initié par la Section vaudoise de Patrimoine suisse, n’a eu de cesse d’alerter et de presser l’Administration cantonale pour qu’elle réagisse avant la dispersion complète des collections.

L’Etat de Vaud a laissé partir les plus belles pièces à l’étranger et se disperser les collections

Démarches désespérantes les autorités n’ont fait que se renvoyer la balle d’un service à l’autre, temporisant et plaidant de leur incompétence, quand elles n’esquivaient pas simplement les appels. Ce n’est que grâce à une décision de justice et sous la menace d’une conférence de presse que Pascal Broulis s’est enfin décidé à mandater un historien pour dresser, au moins, un inventaire du mobilier d’Hauteville.

Aujourd’hui, l’Etat de Vaud a laissé partir les plus belles pièces à l’étranger et se disperser les collections, rachetées que bien partiellement, dans quantité d’institutions différentes. Refusant l’aide de l’Office fédéral de la culture, il n’a utilisé aucun des outils que lui offraient l’ancienne et la nouvelle lois sur le patrimoine, dont il est pourtant si fier. Et comble d’arrogance, il se félicite maintenant de cet énorme gâchis et ose même accorder le mot de la fin à Philip Grand d’Hauteville, l’homme par qui le désastre est arrivé.

A l’heure où ce genre de situation risque de se reproduire de plus en plus souvent, en raison d’un passage générationnel des propriétaires de châteaux, espérons que l’Etat saura faire preuve, à l’avenir, de plus d’anticipation et de cohérence. * Président de l’Association romande des historiennes et des historiens de l’art monumental

(24 heures)

Créé: 16.06.2016, 17h48

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