Le confort lénifiant du prêt-à-penser

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Dix ans après l’onde de choc de la crise financière en 1929, le monde s’embrasait en s’engouffrant dans les six longues années de la Seconde Guerre mondiale. L’horizon s’est dégagé seulement après la fin du conflit le plus dévastateur de l’histoire mondiale. En 2018, nous sommes dix ans après l’onde de choc de la crise de 2007-2008. Depuis, les fissures se propagent pour atteindre aujourd’hui la dimension géopolitique où se multiplient les axes de tension et les sources d’incertitudes, avec les États-Unis – les stabilisateurs d’antan – en tête de liste. Comment expliquer ces évolutions? Quelles en sont les racines? La faute d’avoir déclenché l’avalanche actuelle incombe-t-elle à la crise financière ou bien la finance a-t-elle seulement été le lieu où l’irruption d’une tension plus profonde a été la plus précoce? Par analogie, on est en droit de s’interroger si Trump est, à lui tout seul, le grand déstabilisateur devant l’éternel, ou bien s’il est seulement l’expression – certes forte - d’une tension plus organique.

Le «toujours plus» doit cesser d’être le critère unique pour (re)devenir un moyen pour un «toujours mieux» pour chacun et non juste pour les «happy few»

En résumé: le monde contemporain est déchiré par une tension croissante entre, d’une part, l’évolution des mentalités au niveau global vers un (pseudo-)rationalisme matérialiste et individualiste et, d’autre part, une circulation des richesses matérielles de plus en plus concentrique autour des plus riches des pays les plus prospères. Il s’agit d’une contradiction fondamentale – pour utiliser, hors contexte, un terme emprunté au marxisme – qui ne fait que s’accentuer depuis un demi-siècle.

Tout a été fait depuis dix ans pour refuser – au niveau collectif comme au niveau microsocial - un tel diagnostic, qui pose simultanément un double regard critique: sur la manière dont la planète économique fonctionne et sur l’affaissement de la hiérarchie des valeurs vers le strictement tangible. Cela en dépit du fait que le salut par la richesse est une chimère, et toutes les sagesses du monde et toutes les religions s’accordent sur ce point. De même, toutes les expériences humaines convergent pour rappeler que la perte des liens sociaux est mortifère à plus ou moins long terme. Il y a ainsi un moment où la course au sacro-saint «toujours plus», mot-clé de toutes les efficacités, sème le vide, la désolation et le désespoir. Nos sociétés occidentales – si elles existent encore – ne sont pas loin de ce point précis.

Cette tension est alimentée par un autre aspect du déni généralisé de réalité humaine. Il s’agit de l’idée que le progrès technologique – qu’il s’agisse de la digitalisation ou de la robotique – est la solution à tous les maux de l’humanité moderne. L’erreur est double. D’une part, les extrapolations autour de la 4e révolution industrielle partent de l’hypothèse de la stabilité systémique, de plus en plus vacillante, comme le montre l’évolution quotidienne des affaires mondiales. D’autre part, ces mêmes tendances exacerbent encore davantage la contradiction entre le matérialisme ambiant et l’exclusion du partage des richesses.

Le changement du «logiciel» décisionnel et de la philosophie sous-jacente devient chaque jour plus urgent. Est-ce que les élites en place seront capables de prendre ce virage? L’avenir nous le dira. Ainsi, le «toujours plus» doit cesser d’être le critère unique pour (re)devenir un moyen pour un «toujours mieux» pour chacun et non juste pour les «happy few». Ce moyen, avec la dimension technologique qui en fait partie, doit être utilisé avec discernement et précaution à cause des effets collatéraux sur les liens sociaux, les mentalités et l’environnement. C'est sur ces aspects que le logiciel décisionnel actuel reste aveugle. (24 heures)

Créé: 04.07.2018, 10h57

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