Les extrémismes se nourrissent mutuellement

L'invitéPascal Gemperli revient sur l'attentat de Christchurch et les discours de la droite extrême.

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Vendredi 15 mars, midi, je me dirige vers la mosquée pour la prière comme l’ont fait mes coreligionnaires à Christchurch quelques heures auparavant. «Salut frère», aurait lancé la première victime à son assaillant quand il a franchi la porte. «Salut frère», me lance un ami déjà installé sur le tapis. Les images de cette vidéo tournée par l’attaquant reviennent me tarauder l’esprit. Est-ce que cela pourrait nous arriver ici aussi? Un sentiment d’inquiétude m’accompagne à la mosquée ce jour-là.

Les dangers de l’extrémisme de droite ont probablement été négligés ces dernières années. Son discours et ses réseaux ont pu se développer sous le voile des attentats islamistes. Force est de constater que ce discours d’exclusion et de haine contre les musulman·e·s est aujour­d’hui courant dans sa version dure ainsi que de manière plus douce, subtile, et en conséquence plus dangereuse.

L’islam ne serait pas une religion mais une idéologie conquérante. Il porterait la violence dans ses germes et seul un détachement de ses sources permettrait aux fidèles de vivre pacifiquement. En bref l’islam et en conséquence les musulman·e·s seraient inférieurs aux autres. «Les musulmans font partie de la Suisse mais pas l’islam», «L’islam et l’État de droit suisse sont incompatibles», «La violence trouve sa justification dans le Coran»: comment encore se déclarer adepte de l’islam sans attirer la suspicion?

Bien qu’intégrée dans un discours politique rodé ou pseudo-intellectuel, et ainsi pas toujours identifiable au premier abord, il s’agit néanmoins d’une xénophobie pure. C’est l’étendue du phénomène et son absorption par le public qui doit particulièrement nous inquiéter. Une bonne dose d’islamo-scepticisme fait aujourd’hui partie du Zeitgeist, souvent sans que l’on s’en rende compte et sans que l’on puisse avancer des exemples concrets chez nous.

Les conséquences ne sont pas seulement la discrimination, par exemple à l’emploi, ou les agressions directes, mais l’exclusion institutionnelle des membres d’une minorité nationale et de leurs symboles à travers des lois d’exception: interdiction des minarets, interdiction de siéger en tant que parlementaire portant le foulard, interdiction de nager avec une tenue plus longue, refus de la possibilité d’une reconnaissance étatique, contrairement aux adeptes d’autres religions*. Cela va jusqu’à l’interdiction de la burqa, dont nous ignorons si elle existe vraiment en Suisse et, si oui, dans quelle proportion. Autant interdire les éléphants roses… Quant à l’islam en Suisse, il semble que nous sommes passés de la phobie à l’hystérie collective.

Les extrémismes se nourrissent mutuellement, ils ne sont que deux faces d’une même pièce. Que ce soit l’islamisme, l’antisémitisme, l’hostilité contre les musulmans, contre les LGBT, ou tout autre discours haineux, nous ne pouvons que les combattre simultanément et leur opposer le dialogue, l’amitié, la paix.

* À l’exception des cantons de Vaud et de Bâle-Ville (24 heures)

Créé: 21.03.2019, 06h51

Pascal Gemperli, secrétaire général de l'Union vaudoise des associations musulmanes.

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