Les segundos sont des bâtisseurs de ponts culturels

L'invitéEnzo Santacroce souligne le défi et les efforts qu’exige l’intégration.

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Depuis quelque temps, nous entendons beaucoup parler de l’accord-cadre avec l’UE dans les médias. Les questions, par ailleurs tout à fait légitimes, tournent presque exclusivement autour de la protection des travailleurs indigènes, de la crainte d’un dumping salarial, de l’utilisation rationnée du sol, de l’ouverture des marchés européens aux exportations de nos produits et de nos services.

Mais ce qui apparaît en filigrane de toutes ces problématiques, c’est, à mon sens, la question épineuse de l’Accord sur la libre circulation des personnes (ALCP). Au-delà d’une question purement technique de régulation des flux migratoires, il me semble important de rappeler que l’immigration représente essentiellement un défi psychoaffectif en lien avec les efforts qu’exige l’intégration, spécialement pour les fils et les filles des immigrés de la première génération.

«Le pays d’accueil, pour les immigrés, est semblable à un port d’attache à partir duquel les segundos devront voyager à l’intérieur d’eux-mêmes»

En jetant la lumière sur le parcours des segundos, il apparaît en effet que ces derniers ont la double tâche de réaliser le rêve de leurs parents en leur prouvant que l’espoir d’une vie meilleure se réalise et de démontrer simultanément aux résidents indigènes qu’ils ont la volonté de réussir autant, voire plus que les autres.

Ni boucs émissaires ni victimes, le sens des responsabilités et du travail est pour la plupart d’entre eux une seconde nature. Le pays d’accueil, pour les immigrés, est semblable à un port d’attache à partir duquel les segundos devront voyager à l’intérieur d’eux-mêmes. Naissant dans le pays hôte, ils en apprennent effectivement la langue et les codes, ce qui leur permet d’avoir un double regard sur leur culture d’origine et sur celle du nouveau pays; cela représente une richesse inestimable du moment qu’ils sont capables d’établir un dialogue interculturel.

Politiquement, je ne milite pas pour l’ouverture totale des frontières ni pour l’installation de l’Europe entière sur notre territoire. Mon propos est que la Suisse, tolérant une certaine mobilité des personnes, s’est construite grâce à des bâtisseurs de ponts et de routes venant de l’étranger; de nos jours, elle est riche des segundos qui sont des bâtisseurs de ponts culturels rendant la Suisse attrayante.

Grâce à sa diversité linguistique et culturelle, notre pays est porteur de la marque de l’altérité, et se positionner en faveur de l’accord-cadre, c’est en quelque sorte faire honneur à nos différents usages et coutumes nationaux.

À ceux qui pensent que l’ouverture à l’UE est le symptôme d’une mollesse humaniste dont notre démocratie ferait les frais, je réponds qu’elle est au contraire le signe d’un pays aux fondements identitaires solides. Être patriotique, c’est se montrer ferme sur la défense de ses propres valeurs sans se montrer fermés aux autres. (24 heures)

Créé: 29.03.2019, 06h50

Enzo Santacroce, enseignant et président du PLR d’Épalinges.

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