Mais que diable fait-on des «fake news»?

L'invitéDaniel Cornu, médiateur de Tamedia Publications romandes.

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Qu’est-ce qu’une «fake news»? Par quels moyens combattre sa toxicité? Ces deux questions ont déjà été évoquées dans cette chronique. En restent d’autres. Par exemple, comment les «fake news» sont-elles accueillies et utilisées dans le public? Deux études intéressantes sont parues sur le sujet au cours des derniers mois.

La publication la plus récente concerne une enquête menée par une équipe du Massachusetts Institute of Technology (MIT) de 2006 à 2017. Elle est parue début mars dans la revue «Science». Elle porte sur quelque 126 000 histoires relayées sur Twitter plus de 4,5 millions de fois et par 3 millions de personnes.

«La nouvelle vraie met six fois plus de temps qu’une «fake news» à atteindre un public»

Deux conclusions saillantes: les «fake news» ont 70% de chances supplémentaires d’être «retwittées» en cascade que les informations avérées; la nouvelle vraie met six fois plus de temps qu’une «fake news» à atteindre un public de 1500 personnes. La «fake news» se diffuse donc davantage, plus vite et à plus de personnes qu’une information vraie et consolidée. Explication: cette info «bidon» offre souvent un contenu plus original, inspire des émotions différentes et plus marquées, comme la surprise, la peur ou le dégoût.

Au contraire, peut-on ajouter, une nouvelle vraie s’inscrit ordinairement dans une chaîne d’informations, dans un contexte déjà connu. Elle «fait suite», elle n’est qu’une nouvelle ajoutée.

Une question subsiste. Dans l’esprit du public, la distinction entre nouvelle fausse et nouvelle vraie est-elle aussi claire que pour les chercheurs du MIT? La seconde enquête introduit le doute. Elle a été réalisée en 2017 par le Reuters Institute pour l’étude du journalisme, rattaché à l’Université d’Oxford. Ses conclusions sont plutôt nuancées. Les gens ont tendance à distinguer les «fake news» des nouvelles avérées par une différence de degré plutôt que par une différence de nature. Ils considèrent comme «fake news» les productions d’un journalisme «bas de gamme». Ils y rattachent ce qu’ils tiennent pour de la propagande, les contenus partisans très affirmés, certaines publicités ou contenus sponsorisés.

Infos truquées, satire et canulars

Les gens ne manquent pourtant pas d’établir une différence entre les «fake news» et la satire fondée sur des canulars, de fausses nouvelles identifiables par le contenu ou le contexte, visant à divertir et non à tromper. Des sources fiables existent sur le Net. Mais très peu d’entre elles le sont aux yeux de tous.

Principale leçon de l’étude du Reuters Institute, la «fake news» s’inscrit dans un contexte de scepticisme généralisé visant en première ligne les acteurs politiques, les acteurs médiatiques et, de plus en plus, les détenteurs d’un savoir.

Une remarque du sociologue français Romain Badouard («Le Monde» du 10 mars) permet de renchérir: les gens qui partagent les «fake news» «n’y croient pas forcément dur comme fer; en revanche, ils adhèrent à la vision du monde qu’elles colportent». (24 heures)

Créé: 25.04.2018, 18h02

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