Maltraitance parentale

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Je vais vous la jouer vétérane : je crois avoir publié la première interview de Boris Cyrulnik dans la presse romande : c’était dans Le Nouveau Quotidien, en 1992. Lorsque j’ai demandé au (pas encore) célèbre psychiatre français quel profil de patient en souffrance il voyait émerger, il m’a répondu sans hésiter : les mères seules battues par leur enfant.

« La maltraitance des parents par les enfants est un problème psychosocial majeur d’aujourd’hui»

Vignt-deux ans plus tard, je rencontre, pour L’Hebdo, le psychanalyste valaisan Alain Valterio, auteur de «Névrose psy». Il raconte que depuis trente ans, il voit défiler dans son cabinet une foule impressionnante d’adultes insultés, malmenés, tyrannisés par leur progéniture : «La maltraitance des parents par les enfants est un problème psychosocial majeur d’aujourd’hui», affirme-t-il.

Ce jungien provoquant voit même dans ce phénomène une des raisons de la dénatalité : élever un enfant suppose aujourd’hui un tel investissement que les gens reculent devant l’épreuve. Et si la rareté des naissances coïncide avec la «pédolâtrie», c’est parce qu’on a affaire aux deux faces de la médaille de la peur : l’enfant est devenu une idole vénérée et fragile, on vit dans la crainte qu’elle ne se brise.

Comment faire pour gérer son diablotin domestique, la question occupe les esprits et les rayons des librairies. Elle génère aussi une offre florissante en matière de formation. Très en vogue : les ateliers de «parentalité positive». Ainsi, en «une» de ce journal, je lis il y a deux jours : «Papa et maman vont à école pour ne plus hurler sur bébé.»

Je ne doute pas que les parents apprennent, lors de ces rencontres, toutes sortes de choses positivement pertinentes. Mais je pense à Alain Valterio et je me dis que le problème n’est pas là : les styles éducationnels sont innombrables et changeants. Certains sont plus toxiques que d’autres, bien sûr. Mais la plupart du temps, ce qui fait la différence, c’est la stature et la cohérence de celui qui les incarne. Un adulte «debout», comme disait Françoise Dolto, c’est ce dont les enfants ont besoin pour avoir envie de grandir.

Or, les parents d’aujourd’hui ne cessent de se demander, comme des écoliers : «Qu’est-ce que j’ai fait faux ?» Pour apprendre à se tenir debout, ils vont s’asseoir sur les bancs de classe, à hauteur d’enfant. Là, des spécialistes leur expliquent que si leur mioche est intenable, c’est la faute aux écrans, aux additifs alimentaires et à la surinformation qui les rend plus compétents que les adultes (lu dans 24Heures). Mais que surtout, il faut apprendre à ne pas péter les plombs, sinon, on aggrave la situation.

Il y a un truc qui ne joue pas, là. Quelque chose comme un serpent qui se mord la queue. Comme Alain Valterio, je me dis parfois que le discours psy fait partie du problème plus qu’il ne le résout. Les parents ont perdu leur «spontanéité éducative», c’est un phénomène civilisationnel et il n’y a pas de solution miracle. Ce qui est sûr, c’est qu’ils ne devraient plus se laisser faire. Pas seulement par leurs enfants.

(24 heures)

Créé: 02.06.2017, 18h16

Anna Lietti, chroniqueuse

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