Sources confidentielles et propos anonymes

L'invitéLe médiateur de Tamedia Publications romandes, Daniel Cornu, souligne les limite de l'anonymat.

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La médiatrice du New York Times, Margaret Sullivan, vient d’entamer une troisième année dans ses fonctions de «rédactrice publique» (public editor). Elle tire un bilan de ses activités. Parmi les thèmes de réclamation les plus fréquents figure un aspect souvent discuté des pratiques journalistiques: l’anonymat des sources.

Il en est ordinairement fait état dans les médias lorsqu’il s’agit de préserver la liberté d’informer. On parle alors de sources confidentielles, nécessaires pour mettre au jour des faits cachés. Ou encore de défense du secret rédactionnel, dont les professionnels se réclament pour refuser de divulguer l’origine de leurs informations devant un tribunal.

La Cour européenne des droits de l’homme leur vient en aide. Elle considère la protection des sources journalistiques comme l’une des «pierres angulaires» de la liberté de la presse. Périodiquement, des affaires justifient ce rappel. Ainsi, en août 2013, des perquisitions au domicile d’un journaliste du Matin, auteur de révélations sur une histoire de plagiat à l’Université de Neuchâtel. Après un détour par le Tribunal fédéral, la mesure fut considérée par la justice comme disproportionnée et illicite.

«Les compliments sont assumés, la plupart du temps. Non les critiques.»

Ce n’est cependant pas de cet exercice-là de la liberté de recherche qu’il est question dans la chronique de Margaret Sullivan. Il s’agit de l’octroi fréquent aux interlocuteurs du journal de la couverture de l’anonymat. Un octroi souvent «gratuit» aux yeux de la médiatrice, sans véritable justification. Elle cite en exemple un article sur un enseignant de Brooklyn soupçonné d’abus sexuels sur des étudiants, rapportant sous anonymat un témoignage effectivement anodin.

Les journalistes sont censés connaître les sources de leurs informations. Il leur incombe de s’assurer de leur origine et de leur authenticité. De plus, leur déontologie considère que la mention de leur source est «en principe souhaitable dans l’intérêt public», à plus forte raison chaque fois qu’elle constitue un élément important de l’information. Elle l’est aussi en tant qu’instrument de crédibilité. Dans des situations délicates, elle l’est même comme protection contre des reproches éventuels d’avoir «tout inventé» ou falsifié la réalité.

Il n’empêche. Les déclarations recueillies par les journalistes sont trop souvent transcrites sous une forme anonyme. Cela fâche des lecteurs. Surtout lorsque les propos portent des appréciations négatives sur une personne, à l’occasion d’un portrait, d’un reportage, d’une enquête. Les compliments sont assumés, la plupart du temps. Non les critiques. Cela retombe sur les médias, que leur complaisance envers des allégations et jugements anonymes expose alors au reproche de cultiver un goût pour la démolition. (24 heures)

Créé: 05.01.2015, 10h52

Daniel Cornu (Image: DR)

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